Pokémon - Twisted Destinies

Entrez dans le merveilleux monde de Pokémon. Votre aventure ne fait commencer et pourtant, le monde est contre vous. L'influence de la Team Plasma se fait de plus en plus grande. Quelles intentions se cachent derrière leurs beaux discours? Découvrez-le!
 
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 Codages

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Kaylie Monroe
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MessageSujet: Re: Codages   Mer 28 Déc - 17:09


♦ TRICK OR TREAT ♦défi d'Halloween
Je me sens particulièrement lourde après notre épisode étrange en terrain hanté. S’il n’y avait véritablement aucune présence surnaturelle au sein de la maison endommagée, n’en reste pas moins qu’elle était hantée de la présence de cet étrange personnage y ayant élu domicile. Voilà une couverture parfaite, une façon de vivre dans le confort relatif d’une demeure qui quoique abîmée par le temps et les intempéries, offre tout de même une meilleure solution que les montages à un Résistant en cavale. En titillant la fibre superstitieuse des soldats du Régime, Cape Grise s’assure la paix. Il nous a convaincus jusqu’à la dernière seconde que l’étrange maisonnée était le royaume de créatures revenues d’entre les morts. Je frissonne encore devant les manifestations dont nous avons été les victimes. Sans le savoir, nous mettions les pieds dans sa cachette. Voilà le seul indice que je possède donc sur cet étranger qui semble me connaître. Cette maison. Je sais que la véritable identité de ce combattant pour la liberté a probablement été compromise s’il doit se terrer ainsi dans une vieille maison abandonnée. Je me promets d’enquêter davantage le moment venu, mais pour le moment je ne peux qu’acquiescer à la demande répétée de l’enfant juché dans les bras de son père. Nous rentrons, nos pas confus et graves alors que nous reprenons notre route. La honte m’étreint. Je n’ai jamais voulu causer tout ceci et je me sens m’enfoncer dans ma confusion à mesure que nous avançons.

Je surprends rapidement un regard plein de questions de la part de Weston. Malheureusement, je n’ai rien à lui fournir, rien pour l’éclairer. Je ne suis moi-même que questionnements et soupire alors qu’il pose enfin la question qui le tracasse et à laquelle je ne réponds que d’un vague mouvement d’épaules. Je le comprends de me questionner, après tout son fils aurait pu se trouver en danger, du moins dans son imaginaire. Il ignore qu’aucun de mes semblables n’aurait porté une main contre Benjie, du moins pas en ma présence. Mais comment le rassurer alors qu’il est teinté de méfiance envers l’organisation à laquelle j’ai choisi de faire partie? Il s’agit d’un combat que je mène tous les jours, à tenter de lui ouvrir les horizons sur mon combat. Je ne tenterai jamais de le convaincre de m’y rejoindre même que je ne supporterais pas qu’il le fasse. Néanmoins je veux au moins qu’il comprenne, et qu’il accepte. Ce qui est difficile, je le devine bien.

«Sincèrement, je n’en sais rien. Je n’en sais vraiment rien Weston. Tout ce que je sais c’est que nous ne devions pas être là et que cette maison hantée est une devanture pour une planque. Je l’ai compris par après quand j’ai reconnu cette… chose… à la description qu’on m’en avait faite. Mais je jure que j’avais absolument aucune idée.»

J’espère vivement qu’il croit mon discours. Je ne supporterais pas un seul instant qu’il croit que je les ai menés lui et Benjamin dans un pareil endroit. Je secoue la tête, heureuse de retrouver la couverture de la jungle qui gagne progressivement en épaisseur à mesure que nous nous y enfonçons.

«Tout ce que tu as à savoir, c’est que nous ne sommes pas en danger. Nous nous battons du même côté lui et moi.»

Une ombre subsiste pourtant sur mon visage alors que je repense à la façon dont il s’est adressé à moi à l’intérieur de ma tête, pour me révéler mon nom. Je reste silencieuse jusqu’à notre arrivée à la demeure où je m’empresse de trier les bonbons de notre petit castor. J’en déguste quelques-uns avec lui avant qu’il nous quitte pour faire la distribution à toute la bande de la maison.

«Nous avons fait une bonne collecte Capitaine Québec! Encore désolée que la soirée ait du se terminer ainsi.»
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MessageSujet: Re: Codages   Mer 28 Déc - 18:10

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Everything's going to be fine
Le souhait d’Étoile Sombre de dériver la conversation de ses propres maux se fait sentir dans chacun de ses mots qu’il adresse par la suite à son cousin. Jamais il n’aurait cru que d’exposer son secret le rendrait si las. Malgré le poids qu’il partage désormais conjointement avec son subalterne, sa souffrance persiste. L’évoquer de vive-voix suffit à la raviver ardemment sa douleur dont il souhaite à présent s’échapper. De nombreuses craintes le taraudent depuis la manifestation des Étoiles Noires lors de la dernière Assemblée, et il ne peut supporter l’idée que les siens se trouvent en danger. De par sa position importante, le meneur du Tonnerre jette une part de sa vulnérabilité sur ses proches qui pourraient subir les bassesses des guerriers maléfiques d’autrefois. Maintenant qu’il a évoqué cette possibilité à mi-mot, le guerrier au pelage de la nuit ne supporte plus d’en entendre parler et dirige consciemment la conversation vers Ouragan Astral. Malgré la chaleur de son vis-à-vis, ce dernier entretient une sorte de mystère autour de lui issu peut-être d’une timidité inavouée. Étoile Sombre soupçonne son lieutenant de se dédier aux autres pour éviter de ne trop se dévoiler. Le Chef ignorait tout de l’idylle entre son bon ami et Ombre de l’Écureuil jusqu’à ce qu’il soit impossible de la cacher. Il lui a semblé cependant qu’il s’agissait plutôt d’une histoire rapidement consumée qu’un véritable récit d’amour, ce que vient d’ailleurs confirmer le principal intéressé. Tout comme lui avec Rosée Cristalline, il aura laissé parler la chair et produit pour le Clan de jeunes chats talentueux et prometteurs.

L’hésitation et la maladresse soudaine d’Ouragan Astral viennent confirmer en quelque sorte ce que Étoile Sombre soupçonnait déjà. Malgré ses déboires, le meneur ne manque rien de l’attirance entre son subalterne et une guerrière qu’il se refuse de nommer. Par respect pour l’amour-propre de son cousin, il ne relève l’incongruité de sa réponse que d’un haussement de sourcil amusé, suivi d’un souvenir attendri. Il respectera le rythme de ces deux chats capricieux même s’il le titille de leur offrir un coup de pouce. Au vu de la demoiselle, il vaut mieux ne pas brusquer les choses. Pour ce qui est du lieutenant lui-même, peut-être est-il trop fier, trop réservé encore pour accepter les sentiments qui se développent malgré lui. Étoile Sombre se fait violence et n’ose pas piper mot malgré l’occasion béante qui se présente à lui. Il se mord la langue si fort qu’il en pleure presque. Heureusement pour lui et son vis-à-vis, une silhouette s’est glissée de l’autre côté de la rivière qu’ils viennent d’atteindre. Étoile Sombre reconnaît sans mal Masque Illusoire qui le considère dans une fixation hésitante. Pour sa part, le guerrier au pelage sombre voit cette arrivée telle une opportunité. S’il a assez de respect et d’affection pour Ouragan Astral pour retenir sa nature malicieuse, il ne peut en dire autant de ce guerrier étranger qu’il tente d’aider de ses indiscrétions.

«Masque Illusoire, hé! Mais viens nous voir, mon ami, aller!»

Patient, Étoile Sombre attend l’arrivée du guerrier de la Rivière qu’il invite d’un sourire énorme et pas particulièrement rassurant. Sitôt devant lui que le meneur se met aussitôt à pulluler autour de lui. Tente de déchiffrer le mystère s’imposant de lui-même alors que Masque Illusoire les rejoint. Le meneur ne réalise pas l’impolitesse et l’indiscrétion de ses gestes alors qu’il poursuit son examen minutieux.

«… Masque Illusoire, ne me dis pas que tu ne lui as rien dit!»

Oh le drame. Étoile Sombre secoue la têtes avec exagération, complètement dépassé par la timidité de ses deux semblables. Il se recule en considérant ses deux semblables mâles, se souvient de l’époque encore où son orgueil l’aveuglait au sujet du plus profond des sentiments qu’il soit.

«D’accord, parlons sérieusement. Voilà mon conseil pour vous deux, un message approuvé directement par les Étoiles dont je suis le représentant privilégié. Il faut oser. Vous savez, les femelles ne vous mordrons pas. Quoique pour Songe de Brume, Masque Illusoire, je n’en sais rien. En-enfin, ce que je veux dire c’est… voilà, il faut oser. Prendre son courage dans ses mains et foncer! Vous verrez que les résultats sont prometteurs. Les femelles adorent que nous prenions les devants. Et sincèrement, Illusoire… des lunes que nous nous sommes croisés, je croyais vraiment que par le temps que nous nous reverrions, que tu serais père.»

Alors qu’Étoile Sombre soupire, il considère ses deux vis-à-vis. Qui a dit que le rôle de Chef venait nécessairement avec la sagesse?
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MessageSujet: Re: Codages   Mer 28 Déc - 19:19

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Bruits et Murmures
Rien. Je ne perçois rien. Pas une once de chaleur, pas un seul éclat de compassion. Pas de considération, pas de respect, pas de mépris. Rien. Il n’est qu’une veine dans un mur de glace, imperturbable et éteint. Je suis la vague qui se brise contre les rochers, l’écume bouillonnante de mes émotions ne parvenant pas même à le mouiller. Je tremble d’incertitude, impressionnée par autant de calme, par autant d’immobilité. J’aimerais hurler et je me sens reculer, le pelage ébouriffé par le vent et les sentiments qui s’entrechoquent violemment dans ma poitrine. Je repense à Nuage de Chouettes et sa voix si douce, à sa générosité et à son amitié. Pourquoi ne pas retrouver cette même chaleur chez un membre de mon propre Clan? Trois misérables lunes auront-elles été suffisantes pour sombrer parmi l’oubli? N’y a-t-il pas encore des gens pour m’aimer là-bas, des chats qui m’auront vu partir avec regret? Pourquoi ne semble-t-il pas soulagé de mon retour? Je sens mes yeux s’embuer de nouveau mais refuse de pleurer devant lui. Je le défie d’un regard que j’aurais voulu décidé, arrogant, mais qui semble plutôt désespéré et suppliant. J’ai besoin du guerrier plus que jamais et pour une rare fois dans ma vie, j’ai peur. Peur qu’il ne me rejette, qu’il ne prenne la décision ici et maintenant de me renvoyer à un monde où je sais ne pas appartenir.

Je ne sais pas demander. Je ne sais pas convaincre, pas un adulte du moins. Alors qu’il me renvoie avec indifférence mon souhait comme s’il s’agissait d’un caprice d’enfant, je frissonne. Mon regard tombe vers le sol et je réprime un sanglot. Comment lui dire que je ne peux pas faire marche arrière? Pas après tous ceux que j’ai laissé déçus et confus, pas après avoir abandonné les miens, cette fois par choix conscient et non par les décisions aléatoires d’un père désaxé. Quelque chose en moi s’anime, quelque chose en moi gronde. Je n’ai plus le courage d’affronter mes émotions les plus primitives, et bientôt la colère jaillit dans mes prunelles, me fait trembler plus encore, à m’en donner la nausée. Je ne peux pas le laisser me stopper, pas maintenant. Je me gonfle pour paraître plus grande mais je m’affaisse à moitié contre moi-même, alourdie par le poids de tout ce qui se trame à l’intérieur. Je n’ai peut-être plus la force de maintenir ma façade, pas maintenant où tout menace de s’écrouler.

«Bien sûr qu’il suffit de vouloir! J’ai marché des jours pour venir ici, des jours! Je n’ai rien avalé, je n’ai pas dormi, je suis venue sans dire au-au-revoir à mes f-frères parce que je veux être ici! Comment o-oses-tu dire que tu ne peux pas me faire confiance?»

Cette fois, tout explose en moi. Je me remets à pleurer, de rage, de peine, mais surtout d’impuissance. Je me sens aussi réactive que lors de mon enfance où on me connaissait pour mes terribles crises de colères. Incapable de me gérer, je tente de repousser mollement Cicatrice du Tigre de ma tête avant de m’écraser à moitié à ses pattes, vaincue, incapable de plaider ma cause.

«T-tu ne comprends p-pa-as… Je ferai tout ce qu’il faudra… Je t’en prie Cicatrice du Tigre, aide-moi, tu le sais bien que je veux aucun mal à mon Clan…»

Le vent souffle de nouveau, cette fois il me semble moins hostile. Je me souviens. Je me souviens de sa musique, de son jeu dans mes poils, je me souviens de sa violence qui toujours me tirait vers l’avant. Ce vieil ami qui aujourd’hui se manifeste. Je relève les yeux pleins de larmes vers le guerrier. Je ne me soucie plus de ma dignité. Je veux juste rentrer chez moi.
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MessageSujet: Re: Codages   Mer 28 Déc - 22:20

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One Step, Two Steps
Malgré ses tentatives hasardeuses pour retrouver la paix, ses pensées se déplacent sans cesse vers l’objet de sa frustration. Ses émotions la consument malgré l’éloignement qui devait lui prodiguer l’apaisement nécessaire. Foi déteste se sentir vulnérable, y compris à la colère. De se savoir atteinte par les mots de sa sœur, aussi bien intentionnés soient-ils d’ailleurs, la plonge dans un profond désarroi envers elle-même. Encore aujourd’hui, libre, elle ressent le besoin de se détester. Son orgueil depuis trop longtemps blessé l’empêche de se désentraver de ses liens invisibles et encore une fois elle se sent prisonnière de ses sentiments, à la fois pour Kyrielle d’Âmes et pour cette tribu en laquelle elle a encore espoir. Mais elle ne sait pas. Elle est l’expression d’un paradoxe. Une part d’elle-même n’a que l’envie de se couper du reste du monde et particulièrement de cette sœur de lait ayant hanté malgré elle son enfance, et une autre se raccroche à un filet d’espoir, à un besoin profond et encore affamé de faire partie d’un mouvement, de s’inclure au sein de l’Astre. De faire partie d’une famille. Elle ignore comment, à croire que cette part d’elle s’est brisée et qu’à présent le morceau du puzzle ne s’imbrique plus parmi les autres tel qu’il le devrait. La femelle au pelage de cendres n’en ressent aucune peine, mais plutôt une profonde confusion qu’elle ne réalise pas pleinement. Elle oscille sans cesse entre ces deux pôles et se frustre davantage à ne pas comprendre entièrement les éléments qui viennent provoquer sa colère alors que sa sœur et Guide lui reproche de ne pas participer comme elle le devrait à l’élévation de ce groupe en plein essor.

Une voix. Foi se redresse si promptement qu’elle menace de tomber. Après les sévices vécus, elle n’est pas aussi agile qu’un autre chat de son âge. Oh, elle n’est pas âgée, mais son corps porte les marques indélébiles de tout ce qu’elle a pu vivre de sa jeunesse. Elle se rattrape, le cœur battant et le regard courroucé, à chercher l’origine de cette voix téméraire osant venir déranger cet instant réflexif. Le coupable se tient à quelques mètres sous la palissade. D’ici, la Rôdeuse a tout le loisir de toiser son Conseiller. Foi n’a jamais respecté les désirs du dernier et ne le fera pas davantage pour celui-ci. Elle ne reconnaît l’autorité que d’un seul personnage, elle-même. Depuis sa libération, elle n’obéit qu’à ses instincts qui ont pour objectif de la préserver. Une tendance qui, lentement, l’éloigne du commun de sa tribu. Elle est seule. Même devant lui, juchée sur cette construction des Bipèdes, balayée par le vent. Elle est seule, seule contre son pire démon, elle-même. Un sourire éclaire ses traits alors que la surprise se disperse. Avec diligence, elle reprend sa position nonchalante contre la palissade tout en s’amusant de celui qui paraît tout en bas. Ses prunelles d’un vert olive luisent de malice.

«Oh, mais si ce n’est pas sa Majesté le Conseiller, Écho Sauvage. J’imagine que princesse Kyrielle d’Âmes t’a envoyé pour me convaincre de revenir au campement? Vous perdez votre temps, je rentrerai seulement lorsque l’envie m’en viendra.»

Foi ne réalise pas s’attaquer à la mauvaise victime. Elle sourit avec insolence pour tester les limites de celui qu’elle juge tel son adversaire. Son prédécesseur avait cessé de l’approcher, la laissant œuvrer à sa guise. L’Astre s’inscrit dans des valeurs de libre-agir et non dans le respect d’une hiérarchie. La Rôdeuse le sait parfaitement en profite du système tout en y apportant sa part, à son rythme.

«Ou alors tu es venu pour discuter, Écho? Alors tu pourrais peut-être m’expliquer ce qu’une gentille chatte comme quoi doit faire pour qu’on la laisse un peu tranquille?»

Si son ton paraît frivole et innocent, le sous-entendu est univoque. Surtout maintenant, la femelle ne souhaite pas socialiser, particulièrement avec le bras droit de celle envers qui elle n’éprouve que frustration pour le moment. Mais disons-le… quoi de véritablement nouveau ici?
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MessageSujet: Re: Codages   Ven 30 Déc - 16:35


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The Yes-Man
OS d'évolution/éclosion
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«Ce sont les Pokémon que vous avez capturé près des ruines du Titak, si je ne m’abuse?»

Je sursaute en surprenant une voix derrière moi. Le Centre Pokémon d’Amanil est achalandé, même pendant cette période festive de l’année où la majorité des gens auront trouvé refuge auprès de leurs familles. N’importe lequel de ces dresseurs auraient pu s’entretenir ensemble, mais il fallait que je sois celle dont on vienne départir de sa solitude. Je reconnais aussitôt l’intonation, brutalement indifférente et détachée, l’expression même du calme et de la contenance. Je fais volte-face pour considérer mon interlocuteur, confirmant ainsi mes soupçons. Parcourue d’un frisson d’horreur, je fais signe à Ween et Osiri de poursuivre leur entraînement tel qu’ils le faisaient quelques instants plus tôt sous mon regard scrutateur et attentif. Nous avons travaillé durement tous les trois afin de leur permettre de rattraper le niveau des autres. J’ai découvert avec satisfaction que l’un comme l’autre se débrouillent parfaitement bien en combat. Tour à tour lors de ces derniers jours, ils ont évolué. Ween le premier, aujourd’hui un magnifique Tutankafer qui toise intensément le nouveau venu ayant interrompu la séance. Pour sa part, Osiri la Baggaïd s’impatiente de retrouver son partenaire d’entraînement qui ne lui offre plus la moindre attention. Monsieur Strauss ignore totalement la manière presque indiscrète dont le spectre le regarde pour reporter son attention sur moi. Malgré mon calme apparent, je me sens me crisper devant cette intervention de la part de mon patron.

L’allemand et moi n’avons pas les mêmes habitudes. Nous appartenons à des mondes parallèles qui jamais ne cohabitent. Les seuls instants où nos existences parviennent à se rejoindre sont orchestrés par nos boulots respectifs. Si j’ai cru à une époque que nous pourrions devenir amis malgré nos différences, je connais désormais la vérité à son sujet. Derrière ce que j’ai mépris pour de l’affection et de l’estime, j’ai découvert une indifférence obstinée pour le monde et l’expérience humaine. S’il se trouve ici aujourd’hui, parmi cette foule de dresseurs et de leurs acolytes au cœur d’un centre populaire, c’est qu’il possède une raison de le faire. D’ailleurs, son uniforme militaire attire de nombreux regards. Il jure. Et Strauss déteste jurer. Il aime régner. Ce qui ne signifie véritablement qu’une chose, qu’il est venu ici pour asseoir sa domination sur une de ses principales sujettes. Je me détourne de lui néanmoins en lâchant un «han-han» affirmatif. Ici, je n’ai pas à répondre de son autorité. En dehors des heures de travail, je mène une vie toute autre, une vie que j’aime prétendre de libre.

«Vous avez fait vite pour les évoluer, félicitations mademoiselle Banks.»

«Il y a quelque chose que je peux faire pour vous, monsieur Strauss?»


Mon ton claque, sec. Il ne suffira pas à le repousser. Il est le vautour qui attend que sa proie ne s’épuise sous le soleil aride des déserts. Il est patient, bien plus que je ne le serai jamais. Bien entendu, ma tentative de mettre une distance entre nous ne suffit pas. Pire, il s’approche malgré le dos que je lui ai tourné pour poursuivre mon entraînement.

«Oh non. Je venais juste constater. On m’a dit que je pourrais vous trouver ici. Vous êtes véritablement une excellente dresseuse, un atout pour le Régime.»

Je peux presque m’entendre dire «gnangnangnan» dans ma tête. Sauf que je me décide à l’ignorer, lui et ses discours qui ne mènent nulle part. Je reste d’ailleurs concentrée à ma tâche tandis que mes alliés reprennent leur ballet brutal à quelques pas de moi. Devant mon silence, monsieur Strauss s’obstine.

«Vous êtes dédiée à eux et eux à vous. Une histoire véritablement inspirante. Et vos exploits dans la Compétition… vous en êtes à combien de Badges désormais? Un, deux? L’Élite vous attend cette année une fois de plus à coup sûr.»

«D’accord, qu’est-ce que vous voulez?»


Je craque. Facile, dira-t-on. Mais depuis le temps que je dois composer avec ses charades, ses menaces voilées et ses jeux de fumée, ma patience atteint sa limite.

«Je ne travaille pas aujourd’hui, à ce que je sache, maintenant s’il vous plaît, j’aimerais bien qu’on me laisse tranquille. Je vous verrez demain matin à l’heure prévue.»

«Oh, je souhaitais simplement mesurer par moi-même l’étendue de vos progrès.»

Je frissonne. Ces progrès m’appartiennent. La Compétition, mes Pokémon, mes entraînements. Ils sont tout ce que j’ai présentement.

«Vous avez vu maintenant.»

«Cassey je… Je voulais vous encourager. Hum. Je réalise que nos relations ont été tendues ces derniers temps, je désirais m’entretenir avec vous afin d’alléger les choses.»


Cette fois je ne peux m’empêcher de rire. Fort. Jaune. Sa sincérité me pue au nez, ses mots tout autant. Un véritable enfant, incapable d’assumer, incapable de voir tout le mal qu’il fait autour de lui. C’est ce que j’étais, avant. Mais maintenant j’ai compris que chaque geste commis ne peut être expliqué par l’autorité, par les ordres reçus. Et que le pardon ne se gagne pas si facilement pour toutes les horreurs perpétrées.

«Ce n’est plus tellement possible depuis que vous m’avez menacé de me tuer.»

«Je ne suis pas votre ennemi, Cassey. Je croyais que vous le compreniez.»

«Je le croyais aussi.»


Sa main se referme sur mon épaule et je frissonne de dégoût. Je le repousse dans un réflexe et me retourne vers lui. Ses yeux gris semblent peinés. C’est au moment où je réalise que je n’en ressens pas la moindre douleur que je comprends que cette porte s’est refermée. Le silence s’épaissit jusqu’à ce qu’il soupire. Il ne m’a jamais semblé aussi fatigué, aussi humain. Il me tend un objet, une boîte que je saisis par réflexe. Un Œuf. Lourd, brun tacheté de vert.

«Cet Œuf provient de moi. J’ai pensé vous l’offrir.»

Je ne réponds rien, me contentant de tenir l’objet contre moi et de le toiser, inanimée. Je veux seulement qu’il s’en aille maintenant. Ce qu’il fait. Progressivement il se retourne et quitte la salle d’entraînement en ne laissant à sa suite qu’une sensation de vide et le germe de la vie. Osiri et Ween ont cessé leur entraînement pour m’observer alors que je me dirige vers mon sac que j’ai laissé sur un banc à proximité. Je l’ouvre avec délicatesse car celui-ci contient un autre Œuf, celui de l’enfant à naître de Ren. Je découvre d’ailleurs avec stupeur que celui-ci brille intensément et se transforme bientôt en une boule de poils maladroite qui tremble contre ses pattes. La Baggaïd et le Tutankafer se sont approchés et considère désormais le petit Evoli avec surprise. Le nouveau venu est l’exact portrait de son père au même âge, en peut-être un moins dégourdi. Je le prends dans mes bras et il s’endort aussitôt.

«Eh bien, on dirait que tu auras un petit frère ou une petite sœur bientôt, Cin.»

Je dépose le nouveau Œuf là où se trouvait l’ancien, à me demander ce qui en émergera. Dans tous les cas, ce présent n’effacera pas les mots échangés plus tôt. Les menaces qui pèsent encore sur moi. Parfois le monde avance mais nous refusons de changer. Parfois c’est nécessaire de ne pas bouger.

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MessageSujet: Re: Codages   Sam 31 Déc - 13:07

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Comme l'oiseau aux ailes embrasées qui s'envole jusqu'au petit matin
Parmi les arbres, l’Oiseau ne craint plus. Ni le vent, ni le ciel, ni les ombres, ni la chute. Ou encore les murmures grossiers des spectres hurlant dans la brise. Juché contre son promontoire naturel, il laisse son regard errer contre son royaume pourtant sans véritablement voir. Ses pensées l’ont tiré vers des patries imaginaires, il chante les exploits d’héros depuis longtemps consumés par le temps et la terre. Sa voix est douce, sa voix est juste, sa voix telle une caresse qui apaise son petit cœur en peine. Sept lunes à peine qu’il doit déjà vivre le poids du deuil, qu’il doit comprendre ce que sont la mort et la maladie, qu’il doit assimiler l’injustice et la culpabilité. Seul son cœur poète lui permet encore de composer avec ce nouveau défi s’ajoutant à ses responsabilités usuelles de novice. Nuage d’Oiseaux met du temps à s’habituer à sa nouvelle existence, celle dans laquelle on lui demande de participer, celle où il doit tous les jours avancer à contre-courant, à l’assaut de lui-même et de toutes les peurs qui le paralysent quotidiennement. La musique et le vertige lui permettent de se dissocier de ses insécurités et de ses peines, mais sitôt il aura touché le sol qu’il rentrera au campement ventre à terre. Il n’a pas l’habitude de s’aventurer seul parmi son territoire, par devoir tout autant que par envie. Les ordres de leur maîtresse ne lui permettent pas et pourtant il l’a fait aujourd’hui. Il en a besoin.

Pourtant sa quiétude s’en trouve troublée, sa chanson interrompue. Une silhouette d’un vif roux se rapproche avec insolence, portant l’odeur caractéristique des arbres et de la terre. Nuage d’Oiseaux y reconnaît la trace du Clan du Tonnerre. Le premier croisant sa route. À l’instant, le jeune novice se sait en profond danger. Il sait qu’il ne réussira jamais à chasser l’intrus de ce charnier. Se tient devant lui un guerrier musculeux, à l’œil agressif, et le plus jeune ne trouve véritablement aucune raison de l’affronter. Ses capacités en combat frôlent le néant total. En d’autres circonstances, l’apprenti du Clan de l’Ombre aurait tremblé devant la menace et le ton méprisant de l’autre, mais parmi les branches, il se sait avantagé. Même si le guerrier se décidait à le suivre, il ne parviendrait jamais à l’attraper. L’Oiseau a le pied léger, certains disent même qu’il vole. Il est léger malgré son épaisse fourrure et très agile parmi son terrain de jeu favori. Il se redresse d’ailleurs et s’étire pour témoigner justement de ce parfait équilibre qui le maintient en place malgré la fragilité des branchages.

«C’est que je suis l’Oiseau, je suis le vent, je suis le chant dans les branches. Le pied léger et le cœur assuré, les hauteurs sont mon royaume incontesté. Je te salue, Ô intrus. Imprudent, es-tu?»

Nuage d’Oiseaux se plaît à communiquer de rimes et de poèmes qui tranchent assurément avec la brutalité de son interlocuteur. Le novice se recouche contre sa branche en offrant un sourire teinté de reproche. Il préfère se montrer sympathique plutôt qu’agressif. Il ne pourrait rien faire contre lui de toute façon, alors aussi bien profiter de cette rencontre pour en apprendre plus sur les autres Clans dont il n’a jusqu’alors qu’entendu les récits.

«Tu te trouves en terre de l’Ombre, chat du Tonnerre et de l’orage. Je suis venu ici pour trouver la paix et je trouve ton mépris… Ne pourrions-nous pas plutôt nous entendre? Je suis Nuage d’Oiseaux, apprenti comme tu le devines assurément. Quel est ton nom, guerrier du Tonnerre?»

Malgré la jeunesse de l’autre, il ne fait aucun doute qu’il est guerrier. Drapé de son épais pelage enflammé, Oiseaux le trouve si beau mais n’oserait le répéter. En voilà un qui ne semble pas manquer d’orgueil, et le jeunot préfère éviter de le lui enfler davantage.
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MessageSujet: Re: Codages   Lun 2 Jan - 13:35

Rouge.
Le coup de tonnerre retentit encore sous mon crâne. A brisé mon corps de tremblements. Lourd, tout est lourd. Je l’échappe contre le sol. Un nouveau «bang». Où est-ce mon cœur? Je ne le sens plus. S’est-il arrêté? Par ratés il titube. À mes pieds, l’éclair argenté du pistolet, son canon encore chaud du passage du projectile. À mes pieds, le rouge, le rouge sur la moquette. Profond, ses reflets comme des ténèbres qui vrillent mon âme. Dans la mare qui s’étend, je peux voir le reflet aux traits figés de mon visage. L’horreur. La peur. L’éclat translucide de sa peau parcourue de veinures nerveuses. Plus encore, cette lueur sauvage, animale, de mes prunelles. La sueur recouvrant ma lèvre supérieure, redressée sur une rangée de dents qui claquent. Et hormis ce son bouleversé, plus rien d’autre que le néant, le silence stérilisé, et avec lui l’odeur métallique du sang. Je tente une respiration, m’étouffe de la bile qui jaillit de ma gorge. Tout mon corps se projette de l’avant, je dois reculer précipitamment pour éviter le rouge, le rouge qui par éclaboussure recouvre déjà finement mes vêtements, et peut-être un peu mon âme. Mes mains s’engourdissent, je me redresse sans parvenir à regarder le cadavre à mes pieds, incapable de l’éviter toutefois, prisonnière de l’action commise. Je recule d’un pas, la panique ascendant contre ma trachée d’où un cri mêlé de sanglots émerge, suivi de plusieurs autres. Semblants de mots hachés, tranchés des sons agonisants de ma respiration désaxée.

Non non non non non
Comment suis-je parvenue à tout ceci?

«Mets un sourire sur ce petit visage pré pubère, veux-tu Philly?»

Je constate avec toujours le même étonnement le pessimisme résigné de mon partenaire. Ses traits s’assombrissent devant ma tiraillerie innocente destinée à lui tirer un sourire. Une tentative ayant échoué misérablement, car le voilà qui ajuste son casque sur ses oreilles en m’offrant un regard noir qui ne suffit malheureusement pas à me décourager. Philly, Philenon de son nom de Résistant, me tourne désormais le dos, faisant face à son ordinateur parcouru de chiffres et de lettres hétéroclites qui ne font guère de sens à mes yeux. Son langage. Le hackeur peut déchiffrer sans mal ces longues lignes blanches contre le noir abyssal de son écran. Ce qu’il s’efforce de faire avec acharnement afin d’éviter ma présence. Je connais le jeune garçon par cœur. Son jeune âge, dix-sept ans à peine, me l’ont fait aussitôt adopter lors de nos premières rencontres. À de nombreux égards, il me rappelle mon demi-frère Brandon, en plus énergique. L’adolescent témoigne sans cesse d’un sens de l’humour un peu douteux, il parle rapidement et ne peut s’empêcher de sourire. Sauf à cet instant, où la terreur le gagne. Ses doigts s’égarent contre la tête du Psystigri à ses côtés, son vieil allié qui miaule faiblement de rencontrer son maître ainsi.

«Phil…»

«Azmy, nous avons pris des risques inutiles.»

«… Qui jusqu’à maintenant se sont montré sans conséquence. Nous avons été prudents, comme à notre habitude, nous ne pouvions rien faire de plus.»

«C’est toujours comme ça avec toi, tu te crois invincible, mais tu sais tout autant que moi que personne ne l’est sur cette île.»

«Calme-toi, Phil, j’essaie simplement de te rassurer, je…»

Le coup qu’il porte soudainement contre la table me tire un violent sursaut. Interdite, je le scrute sans comprendre son embardée alors qu’il porte ses mains à son visage pour en dissimuler les traits que je sais troublés. L’adolescent et moi travaillons ensemble depuis de nombreux mois, menant de petites attaques contre les systèmes du Régime, brouillant les ondes afin d’y faire passer les informations et les messages au public venant de la Résistance. Je suis la voix, lui le média, comme toute l’équipe dont nous sommes les deux membres fondateurs. Une poignée de Résistants soucieux d’éparpiller la vérité et la rendre accessible aux mains avides d’une population tenue à l’écart depuis trop longtemps. Philenon m’inquiète véritablement désormais, et je porte une main maternelle à son épaule, en tâchant de comprendre son trouble. Je ne l’ai jamais vu ainsi, mon soleil s’est voilé de quelques nuages que je doute porteurs de tempête. Ses larmes m’interpellent, ruisselant silencieusement contre ses joues immatures.

«Je sais que tu as peur, Phil. J’ai peur aussi. Arceus… j’ai passé de longues nuits à appréhender chaque son, à sursauter à la moindre ombre mouvante, à craindre le souffle de mon partenaire couché près de moi. La terreur qui en fait mal, qui te cloue sur place. Oh Phil. Si je pouvais t’en sauver.»

«Ils ont pris mon père.»

La nouvelle tombe lourdement dans la pièce. Les quelques autres Résistants harnachés à leurs ordinateurs cessent leurs activités pour se retourner vers le cadet de la bande dans un malaise lourd. Plus un son n’anime la base souterraine autre que le ronronnement désagréable des machines et les respirations pesantes des membres de l’équipe. Réalisant son public, Philenon se retourne en fuyant nos regards. Hiba, un autre hackeur de l’équipe se lève pour poser une main compatissante contre le dos de l’adolescent, qui se brise en de profonds sanglots. Les autres se rapprochent en toute discrétion, et nous entourons le jeune homme de nos bras malgré la chaleur insupportable de notre base secrète. L’émotion de mon ami est telle que je peine à conserver mon calme, déchirée par ses pleurs inconsolables. Impuissante, je parviens à m’imaginer sans mal sa souffrance, lui qui m’aura soufflé à de nombreuses reprises son admiration pour cet homme simple et bien-aimant ayant toujours appuyé son fils dans ses décisions. Nous restons ainsi, solidaires, inébranlables. Nous ne pourrons effacer sa peine, mais nous désirons lui offrir la certitude de notre soutien immuable.

Et les minutes s’allongent dans un mutisme entrecoupé des pleurs du jeune garçon qui lentement s’amenuisent jusqu’à laisser entre nos mains une poupée désarticulée. Ses membres reposent contre les nôtres sans plus de vie, les sanglots n’ayant laissé à leur suite qu’une coquille vide au regard éteint. Je frissonne de croiser ses pupilles ternes là où brillait tant de vie il y a si peu. Je caresse ses cheveux avec douceur quand il nous avoue avoir envie de vomir. Nous ne tardons pas à le poser contre le sol froid et lui offrir une corbeille. Il se déchire les tripes de haut-le-cœur difficiles à entendre mais son estomac refuse de céder. Il s’écroule contre le plancher, le teint pâle. Je me recule, en proie de remords de le voir ainsi, sachant pertinemment que s’il se trouve dans cette situation, j’en suis partiellement responsable. Philenon a esquissé ses premiers pas dans le mouvement Résistant à mon invitation, et son père s’est probablement trouvé victime collatérale de ses actions illégales. Je chavire, incapable d’affronter la vision de mon confrère malade, brisé de chagrin contre le sol. Je m’éclipse dans la pièce noire destinée à ma photographie en tâchant de reprendre contenance mais la souffrance de l’adolescent se résorbe en moi. Je revis ses reproches d’il y a quelques instants, en mesurant leur portée, à me demander s’il valait vraiment la peine d’user de ses talents si ce n’était pour en venir à cette issue. Mais Philenon, lors de notre première rencontre, a tenu mes mains, m’a supplié de lui tendre les armes qui lui permettrait de changer les choses. Lui aussi voulait changer le monde. À quel prix?

«Je vais veiller sur lui cette nuit.»

J’hoche la tête, perdue dans mes pensées, tandis qu’Hiba me contourne pour scruter mon visage pâle. Il me semble bien plus solide que moi. Je pose une main contre son torse pour me retenir de tomber. Avec douceur, il s’empare de mes poignets et me sourit. Je me demande comment il fait pour sourire cet abominable nerd, dans un moment pareil. Philenon et lui sont si jeunes, je crains de voir leur jeunesse aspirée, consommée, détruite, par le combat que nous menons. Puis je me souviens que peu d’années nous séparent réellement, que je m’épuise aussi à frapper de la fumée. Dans tous les cas, je lui suis reconnaissante de se proposer pour veiller sur le cadet de l’équipe. Je n’aurais pas su lui rendre service, lui venir en aide dans ces moments troubles. Trop proche. La sympathie m’aurait dévastée, comme à l’instant.

«Vas-y. Je sais que tu es épuisée, et surtout que tu ne pourras pas gérer cette situation ce soir.»

«Tu suggères que j’abandonne Philenon?»

«Il t’en veut.»

Un coup de poignard. Hiba se contente d’émettre la vérité. Aussi douloureuse soit-elle. Mon regard se tourne vers la pièce adjacente. Troublée, je n’ose plus rétorquer. Dévastée par la colère de mon collègue dont je ne pourrais pas même me défendre. Si je n’ai pas placé les soldats du Régime sur le chemin de père, il n’en reste pas moins que mes imprudences ces derniers temps, qu’il me reprochait sans cesse, ont dû attirer l’attention du gouvernement sur lui et ses proches. À force de jouer avec le feu, on s’en brûle les doigts. Philenon le savait, s’est joint à moi dans la concoction des plans visant la cyberattaque des bureaux des relations publiques, puis bien d’autres ensuite.

«Ce n’est pas de ta faute, Azmitia, tu le sais j’espère.»

«Sincèrement, Hib’ je…»

«Non, tu te tais. Ça suffit. Tu ne vas pas jouer à ce jeu de la victime, pas maintenant. Aujourd’hui c’est à propos de Philenon. Et maintenant, il souffre, il a besoin de s’en prendre à quelqu’un, et parce qu’il sait qu’il ne te perdra pas, ça tombe sur toi. Mais le monde ne tourne pas autour de toi, nous avons tous accepté de se lancer dans cette entreprise en connaissant parfaitement les risques. Et lui aussi.»

Je soupire.

«Il n’est qu’un gamin, Hiba.»

«Ouais? Et alors? Toi aussi. On l’est tous. Et on va probablement tous crever de la façon la plus violente qui soit, parce que c’est ce que nous sommes. Des Résistants. Alors maintenant, fais-moi plaisir… Rentre chez toi, va te reposer. Demain, tu reviendras en force. En attendant, je m’occupe de lui.»

Je considère le rouquin en silence. Pas même vingt-ans, à tenir des propos pareils. Je n’ai pas envie de mourir. Pas maintenant, pas avant d’avoir vécu, expérimenté, découvert, avant d’avoir aimé profondément et souffert tout autant, avant d’avoir réussi et échoué. Nous n’avons qu’une existence à mener et je ne peux accepter que la mienne ne se conclue aux prémices de son histoire. Qu’est-ce qui anime mon partenaire de crime si n’est plus le désir de vivre dans un monde libre? Je n’ose pas formuler la question, craignant la réponse qui pourrait m’emmener davantage de confusion et d’amertume. Un jour, nous aurons cette conversation, un jour je lui opposerai mon profond optimisme. Mais aujourd’hui je vacille encore sous le poids des remords et mon combat ne m’a jamais paru plus insensé. De l’autre pièce, j’entends encore les sanglots étranglés d’un garçon que le conflit aura brisé, son héros emporté, sacrifié. Un énième innocent. Je baisse la tête en me demandant combien d’autres devront souffrir avant que…

Il m’est venu une vision. Sous la bruine, un peuple silencieux, solennel, alors qu’un immeuble s’effondre sous leurs yeux. La Grande Maison. Et ils scandent alors que les flammes lèchent la demeure de la démocratie pervertie. Ils pleurent, s’accoladent, se congratulent. Leurs larmes se mêlent à la pluie. Le sang des traitres, s’écoule encore sur les escaliers de granit. La victoire. Le soulagement. La fin du combat. Cette vision me revient, inlassablement. Elle me hante la nuit parmi mes songes, me tient éveillée de longues heures ensuite. À me demander comment y parvenir. À me demander si j’aurai encore des proches à défendre d’ici ce moment. Dans ma vision, les visages s’embuent dans l’anonymat. J’aimerais me dire qu’il s’agit d’un avenir possible mais devine les sacrifices à envisager pour y parvenir. Devant la souffrance de mon camarade, voilà que je la revis, dans un silence presque solennel. Me réfugiant derrière cette utopie que je caresse du bout des doigts, par crainte de m’y brûler. Hiba sent bien qu’il m’a perdu, n’ose troubler cet instant de réflexion en posant simplement sa main contre mon épaule avant de rejoindre les autres dans l’autre pièce. La solitude se resserre contre moi. Je reste ainsi, entre fiction et réalité, avec toujours ce questionnement douloureux qui revient : Comment? Épuisée par cette course à une réponse qui continue de s’échapper, je fais appel à Golden, mon Alakazam, afin d’obtempérer à la demande de mon collègue. Disparaître pour mieux combattre demain. Avec mollesse, j’attrape la main de mon amie qui nous téléporte sans détours à la maison.

* * *

«Mercedes?»

Le cœur d’Isabelle cesse de battre. Chacun de ses appels, teintés d’angoisse. Elle murmure le nom de sa fille sans plus se soucier des vérités dénichées par la jeune femme à l’autre bout de la planète. À chacun de ses appels, elle la revoit, si petite, si fragile, ses grands yeux azurés et ses sourires, ce rayon de soleil tombé du ciel, ayant touché le monde. Son monde. Elle se redresse, ignore les grondements de son partenaire réveillé par les sonneries du téléphone. À croire qu’elle ne dormait pas. Elle s’est jetée sur le combiné, en sachant qu’elle trouverait la voix de son enfant à l’autre bout de la ligne. Devant le silence qu’il s’en suit, elle devine que le rose se retient de pleurer, que quelque chose s’est produit. Dans l’adversité, Mercedes ne se tournera vers sa mère que lorsque son orgueil le lui permettra, sans se douter qu’à des milliers de kilomètres, elle n’attend qu’à être une actrice dans son existence. L’angoisse se resserre contre son cœur de mère alors qu’elle rejette la couverture et attrape sa robe de chambre à quelques pas du lit. Il fait froid, l’hiver naissant lui mord les chevilles alors qu’elle quitte la tiédeur rassurante de ses draps. Isabelle s’éloigne, portant une main à son cœur en dévalant l’escalier menant vers le rez-de-chaussée où elle pourra s’assurer de ne déranger personne parmi la maisonnée. De l’autre côté, elle entend sa fille respirer. Ce son familier la rassure. Elle se sent moins loin, moins déracinée de sa Mercy, bien décidée à renouer avec son passé. Parfois elle craint… craint que la jeune journaliste n’oublie la femme l’ayant élevée toute sa vie.

«Mercedes, mon amour, je t’en prie, dis quelque chose…»

«Je… je ne sais pas. J’avais seulement envie d’entendre ta voix.»

La voix lui paraît cassée, éteinte, imprégnée de terreur. Une terreur qui atteint nécessairement Isabelle dont un vertige la pousse à s’asseoir. Dans l’obscurité de la maison endormie, chaque son lui parvient avec une netteté étourdissante. Malgré la piètre qualité de l’appel, tout bruit provenant de son interlocutrice lui est aussi réelle que si elle se trouvait devant elle. Mercedes souffre, terrée derrière son orgueil et ses secrets. La comptable a l’habitude des façons détournées de sa fille adoptive de plier la réalité, dans l’optique de la protéger, elle et le reste de la famille d’ailleurs, des horreurs perpétrées à Enola. Parfois, la québécoise retient l’envie d’exiger à la jolie rose de rentrer auprès des siens, de faire une scène telle qu’elle savait en produire de sa jeunesse. Néanmoins elle sait très bien le combat perdu. La jeune femme n’en fera nécessairement qu’à son envie et Isabelle ne peut que l’écouter et la soutenir malgré la désapprobation qui l’étouffe. Oh, elle en est fière. Depuis longtemps déjà elle pousse sa fille à poursuivre ses rêves, particulièrement celui du journalisme. Pourtant devant les dangers auxquels «Azmitia» s’expose, la dame préférerait voir sa Mercy rentrée et saine et sauve. Surtout dans ces instants où le trouble de son enfant lui est si évident et que l’impuissance la saisit de ses doigts cruels.

«Dis-moi ce qui se passe.»

La requête qu’elle formule chaque fois où la jeune femme l’appelle au plus sombre de la nuit afin d’éclaircir ses doutes. Isabelle devine qu’encore une fois elle n’obtiendra qu’une part de la vérité. Peut-être n’a-t-elle pas vraiment envie de savoir. Parfois il est plus aisé d’ignorer les horreurs de ce monde, mais quelque chose en la québécoise l’empêche de céder à l’évitement.

«Ce n’est rien. Je me demande juste si je mène le bon combat parfois. Et comment je pourrais réellement changer les choses. Je me demande comment il se fait que nous n’obtenons pas les résultats escomptés. Et jusqu’où il faudra aller au nom de ce combat.»

Le sang se fige dans les veines d’Isabelle. Chaque mot de Mercedes la plongeant dans un profond scepticisme, qui l’empêche quelques moments de parler. Elle a cru longtemps que sa fille se contentait d’écrire des articles à la sauce un peu trop épicée pour le gouvernement en place, mais elle se trompait. Non, Mercy laisse croire qu’elle est complètement engagée dans le mouvement Résistant qui œuvre sur l’île, une bande de terroristes aux yeux de l’étrangère. Sa fille pourrait-elle être une meurtrière sans qu’elle le sache? Elle ne parviendra jamais à comprendre, pas si loin, pas sans avoir vu, senti, touché à la crise qui ébranle l’île d’apparence paradisiaque. Incapable de mesurer l’étendue des dommages ou les implications de faire partie d’un tel mouvement, la brunette se tait et fixe le mur devant elle, éclairé par un faible rayon de lune, où des photographies de sa famille lui sourient. Mercedes, parmi toutes, illumine les portraits de sa présence. Depuis trois ans déjà, qui est-elle réellement? En se lançant à la poursuite de ses rêves et de ses racines, la jeune femme s’éloigne progressivement de sa mère et de son passé au Canada.

«Je sais que tu ne peux pas comprendre ce qui me pousse à me battre maman. D’un point de vue extérieur, ce n’est pas si simple… À vrai dire même Weston désapprouve. Il ne saisit pas que je fais tout ceci pour lui, pour son fils, pour nous tous. Je ne peux pas rester les bras croisés pendant que mes proches autour de moi tombent comme des mouches, tu comprends?»

Isabelle n’a jamais vécu l’adversité. Elle a vécu toute sa vie à Montréal, à vivre au gré des saisons et n’avoir que pour souci les froids mordants des hivers québécois et les jeux débilitants des politiciens canadiens sans passion. Pour elle, les notions de liberté, d’égalité et de sécurité vont de soi, et elle ne peut s’imaginer un monde où chaque sortie, même en plein cœur de la ville, implique la rencontre de soldats masqués, armés et dangereux. Où un où chaque mot est lourdement pesé. Un où même les innocents se trouvent victimes. Elle a connu Enola libre lors de ses premiers voyages vers l’île du Pacifique, et l’a considérée avec la lunette touriste lors de son dernier passage, l’hiver dernier. Pourtant, elle ne doute pas des dires de sa fille et frissonne d’effroi de réaliser que les horreurs qu’elle décrit pourraient se produire à son enfant.

«Tu sais Mercedes, tu es enolianne. Tu l’as toujours été. Tu es née là-bas et je soupçonne que tu y feras ta vie. Mais n’oublie pas que tu as été élevée ici, et que nécessairement, tu as acquis les valeurs transmises ici. Et être Québécois eh bien… c’est de beaucoup chigner sur tout, mais de ne pas faire grand-chose. Nous préférons nous taire plutôt que de changer les choses bien trop souvent, peut-être est-ce parce que nous aimons un peu trop la paix pour revendiquer quoi que ce soit. Ce n’est pas très glorieux, mais peut-être as-tu acquis la même chose. De te préserver plutôt que d’être celle portant le flambeau. Nous n’avons pas de grande cause ici qui demande de se brûler les ailes.»

«Mais je veux m’impliquer, je veux changer les choses peu importe le prix et…!»

«Calme-toi, Mercy, laisse-moi terminer. Ce que je veux dire c’est que malgré ce que tu peux en dire, ces valeurs t’imprègnent tout de même. Tu es en train de changer, c’est normal, dans ton nouveau contexte. Mercedes, tu es en conflit de valeurs. Tu ne sais pas jusqu’où aller, où te positionner dans un monde où on te demande de faire des choses qui sont contre ta nature, contre ce que tu as appris.»

«Je suppose que c’est vrai.»

Elle se tait. Sa mère la laisse réfléchir, confortable malgré le silence.

«Hum. Ouais. On peut dire ça. C’est vrai qu’avant, je voulais révolutionner le monde, mais je ne comprenais pas exactement ce que ça impliquait. Maintenant que j’ai une famille et des amis dans le mouvement, c’est… vraiment difficile. J’ai peur que de par mes actions, quelqu’un en souffre. C’est eux que je veux préserver, et non moi-même. Mais au final, c’est du pareil au même. Il n’y a pas de bonne solution pour tous les protéger. Ce qu’il faudrait c’est de gagner, mais je ne sais pas comment. J’ai peur que nous n’y parvenions jamais… Si tu savais maman, je ne dors plus depuis des jours, ce matin j’ai même retrouvé ma brosse à cheveux dans le réfrigérateur.»

Isabelle ne peut s’empêcher de sourire. Malgré les changements opérés chez sa fille, sa mère constate qu’elle n’a pas tant changé. Tête en l’air lorsque quelque chose vient réclamer sa totale concentration, nerveuse et dédiée, et surtout convaincue de sa propre importance en des proportions impossibles. La comptable soupire, voilà exactement le genre de caractéristiques que Mercedes aura pris d’elle. Toutes les deux si fières, persuadées qu’elles doivent porter les problèmes de ce monde sur leurs épaules.

«Tu sais que tu n’es pas responsable de toutes ces personnes, Mercedes? Un jour ou l’autre, les événements t’échapperont, et cette guerre tu ne peux y apporter que le meilleur de toi-même. Respecte-toi dans tes décisions mais cesse de croire qu’il n’y a que toi. Il y a des limites à ce que tu peux faire, à ce que tu veux faire. Écoute-toi aussi.»

Elle reste silencieuse, et sa mère adoptive soupçonne qu’elle combat les larmes à nouveau. Une fois de plus, Isabelle se montre patiente et attentive, sait avoir dit ce qu’il fallait. Elle ne pourra jamais empêcher la journaliste de se lancer dans les dangers au nom de la liberté, mais elle peut au moins l’outiller dans son voyage.

«Je ne peux pas empêcher la culpabilité. C-c’est aussi pour ça que je t’appelle. J’ai l’impression d’avoir mis mon équipe en danger en prenant une décision, et nous avons eu des pertes. Mais notre entreprise a été fructueuse et a largement contribué à notre cause… Encore une fois, je me demande jusqu’où aller, à quoi ça rime, et si tout ceci en vaut la peine.»

«Fais juste ne pas oublier qui tu es, Mercedes. Conserve ton respect pour toi-même et fais confiance à ton instinct. Ton instinct, il te dit quoi, maintenant?»

«Il me dit…» elle hésite un moment puis reprend la parole. «Que j’avais raison de mener cette décision jusqu’au bout. Que je ne me pardonnerai jamais les pertes. Et que je suis fatiguée. Vraiment fatiguée, maman.»

Mercedes soupire. Elle soupire comme ceux du double de son âge, de ceux qui ont vécu, aimé et regretté, de ceux qui portent de larges blessures qui ne cicatriseront jamais. Soudain sa fille lui semble si loin, comme ancienne et imprenable, et Isabelle ne peut réprimer un frisson devant son évident trouble.

«Lorsque tu prends des décisions, Mercy, il faut les assumer et les accepter. Tu ne peux pas passer ta vie à regretter des choses que tu as pu faire. Il faut aller de l’avant. Mais avant, je pense que tu pourrais te reposer un peu. Prendre du recul, prendre du temps pour toi.»

«Oui, that sounds good mama.»

La voix de la rose est toute petite dans le combine. La voix d’une enfant perdue que l’on vient juste de rassurer.

«Tu sais pourquoi je t’appelle maman? Parce que tu sais toujours quoi dire. Même si je sais que tu t’inquiètes et que tu désapprouve. Merci d’accepter quand même. Et d’être là pour moi, même si je n’ai pas été une fille exemplaire.»

«Tu sais quoi, Mercy? On n’arrête jamais d’être mère.»

«Merci.»

Cette nuit-là, Isabelle se glisse de nouveau parmi la tiédeur des couvertures et se presse contre son amoureux. Mais elle ne dort pas. Elle est loin, bien loin de cette petite maison, loin des songes. Elle est auprès de sa fille et la tient contre elle de toutes ses forces et lui dit qu’elle l’aime. Peu importe ce qui les séparera, la dame conservera cette porte ouverte. Elle ne cessera jamais d’être mère.
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MessageSujet: Re: Codages   Mar 14 Fév - 13:17

Duel au sommet
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I  R  I  S & G   A   I   L
J’ai dû relire ces lignes une bonne dizaine de fois. À chaque fois les mêmes mots, la même ponctuation, pourtant je relis comme dans l’appréhension de voir les lettres se désaligner pour en former d’autres, pour former d’autres réalités. Pourtant ils restent, indélébiles, contre le parchemin. Ces mots de fierté qui m’envahissent d’un sentiment contradictoire de crainte et d’une joie probablement bien puérile. Il y a quelques jours, j’ai écrit à mon père afin de lui raconter mon exploit en potions lorsqu’un élève m’a jeté un sort par erreur. En cherchant à me protéger d’un sortilège mesquin, Ethan m’a contaminée d’un bien étrange phénomène. Ma peau s’étant mise à briller fortement, j’ai dû concocter une potion bien plus avancée que mes capacités, trouvée dans le livre de sixième année de l’élève de Poufsouffle, afin de rétablir la situation. Quelques lignes auront suffit pour raconter à mon parent adoptif de façon plutôt réservée d’ailleurs ma réussite. La réponse me laisse encore perplexe mais aussi profondément heureuse, et tous les moments où mon moral s’assombrit, je la tire de mon sac pour la relire une énième fois. «Je suis fier de toi, Iris. Tu as énormément de talent, mais tu travailles aussi plus fort que tous. Je n’ai aucun doute que tu prendras ma place un jour, si tu n’as pas d’ambition plus grande encore.». Je rougis à nouveau de les lire, assise confortablement dans un coin de la bibliothèque, confuse par ce témoignage sincère de respect et d’amour. En sentant quelqu’un s’approcher de moi, je m’empresse de l’enfoncer entre les pages de mon grimoire de potions afin d’éviter qu’on me voit avec la lettre.

Je sursaute brusquement d’ailleurs en sentant ma chaise bousculée. Je redresse la tête, venimeuse mais maîtrisée. Il est nombre d’imprudents qui ne savent pas déambuler dans un lien aussi célèbre et intouchable que cette bibliothèque. Néanmoins, je reconnais rapidement la voix de Gail MacKenzie, empreinte d’envie et de mépris. Prétentieuse? Je la regarde partir, interdite et vaguement insultée. Il n’est guère son genre de m’attaquer ainsi sans bonne raison, mais je ne me pose plus la question à savoir ce qui peut bien lui prendre, du moins en surface. La colère m’anime de plus en plus, dissipant l’excès de joie ressenti à chaque lecture de la lettre. Je me redresse, bouleversée par l’envie de lui demander ce qui lui prend. Je me retiens, bien décidée à ne pas troubler la quiétude de la bibliothèque. Je me dépêche cependant à ranger mes effets dans mon sac avant de lui emboîter le pas rageusement. Je ne mets pas longtemps à la retrouver au détour d’un corridor. La Gryffondor et moi avons toujours entretenu des relations houleuses, teintées de jalousie et de compétition. Gail supporte assez mal que je puisse avoir des résultats supérieurs aux miens. Pour ma part, j’arrive à gérer la pression, mais je ressens toujours énormément de satisfaction à obtenir de meilleures notes qu’elle. Cette fois, par contre, je ne comprends pas l’attaque gratuite. Je l’agrippe par le bras un peu brusquement, le visage brutalement froid.

«Ça suffit Gail MacKenzie, t’as fini d’agir comme une enfant? Tu es jalouse parce que j’ai eu de meilleures notes que toi à nos examens de la semaine? Sérieusement, il va falloir que tu vieillisses un peu.»

Je n’aurais pas dû. Je jetais l’huile sur le feu, en me voilant les yeux, en goûtant aux flammes. Il y a quelque chose à préserver cette fois, quelque chose à protéger de cette compétition inutile. La lettre, les mots de mon père, le sentiment, rare, qu’on peut croire en moi plutôt que de me rabaisser. Non, pas cette fois, Gail.
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MessageSujet: Re: Codages   Lun 20 Fév - 10:53

There and back again

feat. Faust Donovan

Je ne pouvais comprendre le sentiment qui animait Ruby, ni la tendresse de sa mère une fois libérée par son dresseur. J’avais nommé la petite Absol en l’honneur de ma propre génitrice, décédée il y avait de nombreuses années déjà. Ma mère, elle était… Eh bien elle faisait de son mieux. Pour survivre, chaque jour plus difficile que le précédent, elle souffrait de bien des maux, victime collatérale de nombreux méfaits, de l’aveuglement sociétal surtout. Ruby n’avait rien de méchante, mais nous n’avions jamais entretenu des rapports classiques de père à sa mère. J’étais une erreur, une bouche de plus à nourrir, et je devais fournir ma part, point à la ligne. Elle ne m’offrait que peu de tendresse, il s’agissait de son personnage plutôt que d’une réelle envie belliqueuse. Je souriais de voir mon alliée réunie avec l’Absol du Conseiller. Cette vision attendrissante me réchauffait quelque peu après cet envahissement de la part des journalistes. Je regrettais moins la présence de monsieur Donovan, qui balbutiait quelque peu en tâchant de trouver une explication à sa présence. J’en venais à douter qu’il ne se trouvait ici que par curiosité. Néanmoins, même si je le connaissais peu, j’en savais assez pour réfuter cette hypothèse. Il devait être ici pour une simple visite de Fae à sa fille, ce qu’il confirma en quelque sorte par ses explications. Peut-être la mère avait-elle eu un mauvais pressentiment et s’était précipitée pour nous sauver de l’amalgame malsain de journalistes afférés à l’entrée de ma demeure?

Dans tous les cas je remerciais mon vis-à-vis d’un sourire franc, avant de caresser le pelage épais de la jeune Absol. Elle n’était pas celle qui se nourrissait de compliments, ainsi elle se contenta d’hocher la tête, un peu gênée. Je la savais touchée tout de même, mais surtout satisfaite de voir la même fierté chez sa mère. Faust s’enquit ensuite prudemment de mon état, ce qui me fit soupirer. J’avais espéré le dissuader d’agir ainsi en le rassurant une première fois, mais je me voyais interrogé à nouveau. Soit. Je ne pouvais pas exactement nier que j’avais vécu de meilleurs jours, mais je décidai tout de même de forcer un sourire plutôt convainquant pour le convaincre qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter.

«Je vais bien. Disons que ma santé n’est plus ce qu’elle était depuis ma maladie, mais c’est surtout l’aspect psychologique qui est un peu troublé. Vous voyez, il fait un moment que je… n’ai pas mis les pieds dans ma demeure. Pour… des raisons ou d’autres.»

Je réalisai avoir ouvert une porte aux confidences. Je n’avais que peu parlé de ma rupture à d’autres dans un geste d’auto-préservation naturel et intuitif chez moi. Je ne connaissais pas assez le Conseiller pour le faire, ainsi je souris à nouveau avant de faire signe à un de mes employés qui s’approcha en nous observant avec curiosité. Il n’avait pas l’habitude des visiteurs, tout comme moi d’ailleurs.

«Peut-être servir quelque chose à notre invité? Quelques bouchées et un peu de limonade?»

«Très bien monsieur.»


Il faisait beau aujourd’hui, malgré la saison des pluies. Un ciel couvert, percé de rayons dorés. Nous serions bien dans le jardin.

«Maintenant que vous êtes ici, aussi bien profiter un peu, n’est-ce pas? Suivez-moi je vous en prie.»

Je le menai jusqu’à l’autre extrémité du manoir, une véranda que j’appréciais particulièrement. Plusieurs de mes alliés se trouvaient dans les jardins et la cour et me saluèrent cordialement avant de vaquer à leurs occupations habituelles.

«Vous pouvez libérer vos Pokémon, si vous le souhaitez, mes amis apprécient toujours un peu de compagnie.»

Tout comme moi, à l’instant. Je n’étais pas prêt, pas prêt à me retrouver seul encore parmi cette grande demeure.

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MessageSujet: Re: Codages   Mar 21 Fév - 18:05

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Lentement, ses doutes et démons se dissipent, un temps du moins, vers les profondeurs de son âme. Quelque chose en l’étrangère lui procure une doucereuse sensation de légèreté dont il profite dans un sourire timide mais affable. Un peu de compagnie devait être exactement ce dont il avait besoin pour éloigner ses cauchemars l’ayant tiré du lit. Avec une femme à ses côtés, assidue et attentionnée, il parviendrait peut-être à trouver la paix nécessaire pour se replonger dans des songes plus tranquilles. Néanmoins son parcours amoureux, à l’instar de bien des domaines de sa vie, s’est parsemé d’embûches. Il doit affronter ce monde seul, une situation qui ne lui pèse que lorsqu’elle est renversée. Il se sent seul auprès de Cadence à réaliser que cet entretient empreint de candeur au milieu de la nuit se verra interrompu sitôt la demoiselle rentrée à bon port et en sécurité. Wilson a besoin des autres, plus qu’il n’aimerait en témoigner, plus qu’il n’aimerait se l’avouer. Sa timidité naturelle et son horaire chargé ne lui permettent pas exactement d’effectuer des rencontres amicales comme celles-ci, ou peut-être s’en préserve-t-il encore un peu. Il n’a pas toujours été aussi fermé (même si en apparence on ne pourrait le soupçonner), mais de trop nombreuses blessures l’auront poussé à se surmener au travail et à éviter inconsciemment le contact des autres. Une position bien paradoxale et parfois douloureuse.

La présence de la jeune femme lui est agréable cependant. Mademoiselle Anew lui rappelle un peu Margaret, ou du moins son esprit maternel qui le sermonne gentiment de ne pas consulter pour sa problématique qui le suit effectivement depuis longtemps. Quelque peu embarrassé, il se gratte l’arrière de la tête en haussant les épaules. Se dessine contre ses lèvres un sourire amusé et attendri. Voilà exactement ce qu’il tentait de lui dire tout à l’heure. Il a énormément d’admiration pour ceux qui placent sans cesse l’autre devant eux, au-devant de leurs intérêts. Wilson ne réalise pas être de la même trempe, bien que son métier soit différent. Quelque part, il en vient à soupçonner que la jeune femme ne soit mère, d’ailleurs il n’a aucun doute qu’elle puisse être mariée et heureuse matriarche de la maison. Il se dégage d’elle une sorte de puissance tranquille, mais aussi une bonté qui finissent de dissiper les dernières réticences du policier à son endroit. Elle ne pourrait pas être une partisane des forces obscures, il s’en convainc immédiatement. La naïveté lui sied si bien, aussi bien ne pas le désillusionner avec son manque total de preuves et son jugement hâtif de caractère.

«B-bien sûr que je vous pardonne, madame Anew. Vous avez toutes les qualités requises pour votre métier à ce que je vois. Mais ne vous inquiétez pas pour ma condition, il ne s’agit que d’une problématique banale qui n’affecte pas beaucoup ma pratique. J’ai besoin de peu de sommeil.»

Wilson lui sourit afin de la rassurer. Maintenant qu’ils se sont mis en marche, Patronus les suit avec une incroyable docilité, le bruit de sa médaille perce le silence alors qu’ils progressent dans les rues de Londres.

«Je ne crois pas avoir besoin de consulter… À moins que c’était votre manière de chercher à me revoir?»

Monsieur Callaham pose la question avec une telle candeur qu’il ne réalise pas tout de suite que ses paroles pourraient être interprétées telles une technique quelconque de séduction. Il rougit avant de se reprendre, maladroit :

«Euh-euhm p-parce qu’il s’agit d’une rencontre tout à fait agréable, vous avez l’air d’une jeune femme tout à fait… adéquate… et enfin… ne prenez pas ma question de travers, je vous assure n’avoir aucune intention.»

Sauf qu’à se justifier, Wilson ne paraît que plus coupable, ce qui multiplie ses rougeurs.

«Pardon… j’espère ne pas vous avoir froissée… je suis maladroit parfois…»

Il rit pour se détendre, ce qui ne fonctionne qu’à moitié..
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MessageSujet: Re: Codages   Mar 7 Mar - 16:15

Rouge.
Le coup de tonnerre retentit encore sous mon crâne. A brisé mon corps de tremblements. Lourd, tout est lourd. Je l’échappe contre le sol. Un nouveau «bang». Où est-ce mon cœur? Je ne le sens plus. S’est-il arrêté? Par ratés il titube. À mes pieds, l’éclair argenté du pistolet, son canon encore chaud du passage du projectile. À mes pieds, le rouge, le rouge sur la moquette. Profond, ses reflets comme des ténèbres qui vrillent mon âme. Dans la mare qui s’étend, je peux voir le reflet aux traits figés de mon visage. L’horreur. La peur. L’éclat translucide de sa peau parcourue de veinures nerveuses. Plus encore, cette lueur sauvage, animale, de mes prunelles. La sueur recouvrant ma lèvre supérieure, redressée sur une rangée de dents qui claquent. Et hormis ce son bouleversé, plus rien d’autre que le néant, le silence stérilisé, et avec lui l’odeur métallique du sang. Je tente une respiration, m’étouffe de la bile qui jaillit de ma gorge. Tout mon corps se projette de l’avant, je dois reculer précipitamment pour éviter le rouge, le rouge qui par éclaboussure recouvre déjà finement mes vêtements, et peut-être un peu mon âme. Mes mains s’engourdissent, je me redresse sans parvenir à regarder le cadavre à mes pieds, incapable de l’éviter toutefois, prisonnière de l’action commise. Je recule d’un pas, la panique ascendant contre ma trachée d’où un cri mêlé de sanglots émerge, suivi de plusieurs autres. Semblants de mots hachés, tranchés des sons agonisants de ma respiration désaxée.

Non non non non non
Comment suis-je parvenue à tout ceci?

«Mets un sourire sur ce petit visage pré pubère, veux-tu Philly?»

Je constate avec toujours le même étonnement le pessimisme résigné de mon partenaire. Ses traits s’assombrissent devant ma tiraillerie innocente destinée à lui tirer un sourire. Une tentative ayant échoué misérablement, car le voilà qui ajuste son casque sur ses oreilles en m’offrant un regard noir qui ne suffit malheureusement pas à me décourager. Philly, Philenon de son nom de Résistant, me tourne désormais le dos, faisant face à son ordinateur parcouru de chiffres et de lettres hétéroclites qui ne font guère de sens à mes yeux. Son langage. Le hackeur peut déchiffrer sans mal ces longues lignes blanches contre le noir abyssal de son écran. Ce qu’il s’efforce de faire avec acharnement afin d’éviter ma présence. Je connais le jeune garçon par cœur. Son jeune âge, dix-sept ans à peine, me l’a fait aussitôt adopter lors de nos premières rencontres. À de nombreux égards, il me rappelle mon demi-frère Brandon, en plus énergique. L’adolescent témoigne sans cesse d’un sens de l’humour un peu douteux, il parle rapidement et ne peut s’empêcher de sourire. Sauf à cet instant, où la terreur le gagne. Ses doigts s’égarent contre la tête du Psystigri à ses côtés, son vieil allié qui miaule faiblement de rencontrer son maître ainsi.

«Phil…»

«Azmy, nous avons pris des risques inutiles. Trop. Trop souvent.»

«… Qui jusqu’à maintenant se sont montré sans conséquence. Nous avons été prudents, comme à notre habitude, nous ne pouvions rien faire de plus.»

Il reste silencieux. La nervosité me gagne sous le masque de mon assurance. Il m’échappe, je le sens, je me résigne à ne pas y croire. Pourtant, à chaque pas, il dérive.

«C’est toujours comme ça avec toi, tu te crois invincible, mais tu sais tout autant que moi que personne ne l’est sur cette île.»

«Calme-toi, Phil, j’essaie simplement de te rassurer, je…»

Le coup qu’il porte soudainement contre la table me tire un violent sursaut. Interdite, je le scrute sans comprendre son embardée alors qu’il porte ses mains à son visage pour en dissimuler les traits que je sais troublés. L’adolescent et moi travaillons ensemble depuis de nombreux mois, menant de petites attaques contre les systèmes du Régime, brouillant les ondes afin d’y faire passer les informations et les messages au public venant de la Résistance. Je suis la voix, lui le média, comme toute l’équipe dont nous sommes les deux membres fondateurs. Une poignée de Résistants soucieux d’éparpiller la vérité et la rendre accessible aux mains avides d’une population tenue à l’écart depuis trop longtemps. Philenon m’inquiète véritablement désormais, et je porte une main maternelle à son épaule, en tâchant de comprendre son trouble. Je ne l’ai jamais vu ainsi, mon soleil s’est voilé de quelques nuages que je doute porteurs de tempête. Ses larmes m’interpellent, ruisselant silencieusement contre ses joues immatures.

«Je sais que tu as peur, Phil. J’ai peur aussi. Arceus… j’ai passé de longues nuits à appréhender chaque son, à sursauter à la moindre ombre mouvante, à craindre le souffle de mon partenaire couché près de moi. La terreur qui en fait mal, qui te cloue sur place. Oh Phil. Si je pouvais t’en sauver.»

«Ils ont pris mon père.»

La nouvelle tombe lourdement dans la pièce. Les quelques autres Résistants harnachés à leurs ordinateurs cessent leurs activités pour se retourner vers le cadet de la bande dans un malaise lourd. Plus un son n’anime la base souterraine autre que le ronronnement désagréable des machines et les respirations pesantes des membres de l’équipe. Réalisant son public, Philenon se retourne en fuyant nos regards. Hiba, un autre hackeur de l’équipe se lève pour poser une main compatissante contre le dos de l’adolescent, qui se brise en de profonds sanglots. Les autres se rapprochent en toute discrétion, et nous entourons le jeune homme de nos bras malgré la chaleur insupportable de notre base secrète. L’émotion de mon ami est telle que je peine à conserver mon calme, déchirée par ses pleurs inconsolables. Impuissante, je parviens à m’imaginer sans mal sa souffrance, lui qui m’aura soufflé à de nombreuses reprises son admiration pour cet homme simple et bien-aimant ayant toujours appuyé son fils dans ses décisions. Nous restons ainsi, solidaires, inébranlables. Nous ne pourrons effacer sa peine, mais nous désirons lui offrir la certitude de notre soutien immuable.

Et les minutes s’allongent dans un mutisme entrecoupé des pleurs du jeune garçon qui lentement s’amenuisent jusqu’à laisser entre nos mains une poupée désarticulée. Ses membres reposent contre les nôtres sans plus de vie, les sanglots n’ayant laissé à leur suite qu’une coquille vide au regard éteint. Je frissonne de croiser ses pupilles ternes là où brillait tant de vie il y a si peu. Je caresse ses cheveux avec douceur quand il nous avoue avoir envie de vomir. Nous ne tardons pas à le poser contre le sol froid et lui offrir une corbeille. Il se déchire les tripes de haut-le-cœur difficiles à entendre mais son estomac refuse de céder. Il s’écroule contre le plancher, le teint pâle. Je me recule, en proie de remords de le voir ainsi, sachant pertinemment que s’il se trouve dans cette situation, j’en suis partiellement responsable. Philenon a esquissé ses premiers pas dans le mouvement Résistant à mon invitation, et son père s’est probablement trouvé victime collatérale de ses actions illégales. Je chavire, incapable d’affronter la vision de mon confrère malade, brisé de chagrin contre le sol. Je m’éclipse dans la pièce noire destinée à ma photographie en tâchant de reprendre contenance mais la souffrance de l’adolescent se résorbe en moi. Je revis ses reproches d’il y a quelques instants, en mesurant leur portée, à me demander s’il valait vraiment la peine d’user de ses talents si ce n’était pour en venir à cette issue. Mais Philenon, lors de notre première rencontre, a tenu mes mains, m’a supplié de lui tendre les armes qui lui permettrait de changer les choses. Lui aussi voulait changer le monde. À quel prix?

«Je vais veiller sur lui cette nuit.»

J’hoche la tête, perdue dans mes pensées, tandis qu’Hiba me contourne pour scruter mon visage pâle. Il me semble bien plus solide que moi. Je pose une main contre son torse pour me retenir de tomber. Avec douceur, il s’empare de mes poignets et me sourit. Je me demande comment il fait pour sourire cet abominable nerd, dans un moment pareil. Philenon et lui sont si jeunes, je crains de voir leur jeunesse aspirée, consommée, détruite, par le combat que nous menons. Puis je me souviens que peu d’années nous séparent réellement, que je m’épuise aussi à frapper de la fumée. Dans tous les cas, je lui suis reconnaissante de se proposer pour veiller sur le cadet de l’équipe. Je n’aurais pas su lui rendre service, lui venir en aide dans ces moments troubles. Trop proche. La sympathie m’aurait dévastée, comme à l’instant.

«Vas-y. Je sais que tu es épuisée, et surtout que tu ne pourras pas gérer cette situation ce soir.»

«Tu suggères que j’abandonne Philenon?»

«Il t’en veut.»

Un coup de poignard. Hiba se contente d’émettre la vérité. Aussi douloureuse soit-elle. Mon regard se tourne vers la pièce adjacente. Troublée, je n’ose plus rétorquer. Dévastée par la colère de mon collègue dont je ne pourrais pas même me défendre. Si je n’ai pas placé les soldats du Régime sur le chemin de père, il n’en reste pas moins que mes imprudences ces derniers temps, qu’il me reprochait sans cesse, ont dû attirer l’attention du gouvernement sur lui et ses proches. À force de jouer avec le feu, on s’en brûle les doigts. Philenon le savait, s’est joint à moi dans la concoction des plans visant la cyberattaque des bureaux des relations publiques, puis bien d’autres ensuite.

«Ce n’est pas de ta faute, Azmitia, tu le sais j’espère.»

«Sincèrement, Hib’ je…»

«Non, tu te tais. Ça suffit. Tu ne vas pas jouer à ce jeu de la victime, pas maintenant. Aujourd’hui c’est à propos de Philenon. Et maintenant, il souffre, il a besoin de s’en prendre à quelqu’un, et parce qu’il sait qu’il ne te perdra pas, ça tombe sur toi. Mais le monde ne tourne pas autour de toi, nous avons tous accepté de se lancer dans cette entreprise en connaissant parfaitement les risques. Et lui aussi.»

Je soupire.

«Il n’est qu’un gamin, Hiba.»

«Ouais? Et alors? Toi aussi. On l’est tous. Et on va probablement tous crever de la façon la plus violente qui soit, parce que c’est ce que nous sommes. Des Résistants. Alors maintenant, fais-moi plaisir… Rentre chez toi, va te reposer. Demain, tu reviendras en force. En attendant, je m’occupe de lui.»

Je considère le rouquin en silence. Pas même vingt ans, à tenir des propos pareils. Je n’ai pas envie de mourir. Pas maintenant, pas avant d’avoir vécu, expérimenté, découvert, avant d’avoir aimé profondément et souffert tout autant, avant d’avoir réussi et échoué. Nous n’avons qu’une existence à mener et je ne peux accepter que la mienne ne se conclue aux prémices de son histoire. Qu’est-ce qui anime mon partenaire de crime si n’est plus le désir de vivre dans un monde libre? Je n’ose pas formuler la question, craignant la réponse qui pourrait m’emmener davantage de confusion et d’amertume. Un jour, nous aurons cette conversation, un jour je lui opposerai mon profond optimisme. Mais aujourd’hui je vacille encore sous le poids des remords et mon combat ne m’a jamais paru plus insensé. De l’autre pièce, j’entends encore les sanglots étranglés d’un garçon que le conflit aura brisé, son héros emporté, sacrifié. Un énième innocent. Je baisse la tête en me demandant combien d’autres devront souffrir avant que…

Il m’est venu une vision. Sous la bruine, un peuple silencieux, solennel, alors qu’un immeuble s’effondre sous leurs yeux. La Grande Maison. Et ils scandent alors que les flammes lèchent la demeure de la démocratie pervertie. Ils pleurent, s’accoladent, se congratulent. Leurs larmes se mêlent à la pluie. Le sang des traitres, s’écoule encore sur les escaliers de granit. La victoire. Le soulagement. La fin du combat. Cette vision me revient, inlassablement. Elle me hante la nuit parmi mes songes, me tient éveillée de longues heures ensuite. À me demander comment y parvenir. À me demander si j’aurai encore des proches à défendre d’ici ce moment. Dans ma vision, les visages s’embuent dans l’anonymat. J’aimerais me dire qu’il s’agit d’un avenir possible mais devine les sacrifices à envisager pour y parvenir. Devant la souffrance de mon camarade, voilà que je la revis, dans un silence presque solennel. Me réfugiant derrière cette utopie que je caresse du bout des doigts, par crainte de m’y brûler. Hiba sent bien qu’il m’a perdu, n’ose troubler cet instant de réflexion en posant simplement sa main contre mon épaule avant de rejoindre les autres dans l’autre pièce. La solitude se resserre contre moi. Je reste ainsi, entre fiction et réalité, avec toujours ce questionnement douloureux qui revient : Comment? Épuisée par cette course à une réponse qui continue de s’échapper, je fais appel à Golden, mon Alakazam, afin d’obtempérer à la demande de mon collègue. Disparaître pour mieux combattre demain. Avec mollesse, j’attrape la main de mon amie qui nous téléporte sans détour à la maison.

* * *

«Mercedes?»

Le cœur d’Isabelle cesse de battre. Chacun de ses appels, teintés d’angoisse. Elle murmure le nom de sa fille sans plus se soucier des vérités dénichées par la jeune femme à l’autre bout de la planète. À chacun de ses appels, elle la revoit, si petite, si fragile, ses grands yeux azurés et ses sourires, ce rayon de soleil tombé du ciel, ayant touché le monde. Son monde. Elle se redresse, ignore les grondements de son partenaire réveillé par les sonneries du téléphone. À croire qu’elle ne dormait pas. Elle s’est jetée sur le combiné, en sachant qu’elle trouverait la voix de son enfant à l’autre bout de la ligne. Devant le silence qu’il s’en suit, elle devine que la rose se retient de pleurer, que quelque chose s’est produit. Dans l’adversité, Mercedes ne se tournera vers sa mère que lorsque son orgueil le lui permettra, sans se douter qu’à des milliers de kilomètres, elle n’attend qu’à être une actrice dans son existence. L’angoisse se resserre contre son cœur de mère alors qu’elle rejette la couverture et attrape sa robe de chambre à quelques pas du lit. Il fait froid, l’hiver lui mord les chevilles alors qu’elle quitte la tiédeur rassurante de ses draps. Isabelle s’éloigne, portant une main à son cœur en dévalant l’escalier menant vers le rez-de-chaussée où elle pourra s’assurer de ne déranger personne parmi la maisonnée. De l’autre côté, elle entend sa fille respirer. Ce son familier la rassure. Elle se sent moins loin, moins déracinée de sa Mercy, bien décidée à renouer avec son passé. Parfois elle craint… craint que la jeune journaliste n’oublie la femme l’ayant élevée toute sa vie.

«Mercedes, mon amour, je t’en prie, dis quelque chose…»

«Je… je ne sais pas. J’avais seulement envie d’entendre ta voix.»

La voix lui paraît cassée, éteinte, imprégnée de terreur. Une terreur qui atteint nécessairement Isabelle dont un vertige la pousse à s’asseoir. Dans l’obscurité de la maison endormie, chaque son lui parvient avec une netteté étourdissante. Malgré la piètre qualité de l’appel, tout bruit provenant de son interlocutrice lui est aussi réel que si elle se trouvait devant elle. Mercedes souffre, terrée derrière son orgueil et ses secrets. La comptable a l’habitude des façons détournées de sa fille adoptive de plier la réalité, dans l’optique de la protéger, elle et le reste de la famille d’ailleurs, des horreurs perpétrées à Enola. Parfois, la québécoise retient l’envie d’exiger à la jolie rose de rentrer auprès des siens, de faire une scène telle qu’elle savait en produire de sa jeunesse. Néanmoins elle sait très bien le combat perdu. La jeune femme n’en fera nécessairement qu’à son envie et Isabelle ne peut que l’écouter et la soutenir malgré la désapprobation qui l’étouffe. Oh, elle en est fière. Depuis longtemps déjà elle pousse sa fille à poursuivre ses rêves, particulièrement celui du journalisme. Pourtant devant les dangers auxquels «Azmitia» s’expose, la dame préférerait voir sa Mercy rentrée et saine et sauve. Surtout dans ces instants où le trouble de son enfant lui est si évident et que l’impuissance la saisit de ses doigts cruels.

«Dis-moi ce qui se passe.»

La requête qu’elle formule chaque fois où la jeune femme l’appelle au plus sombre de la nuit afin d’éclaircir ses doutes. Isabelle devine qu’encore une fois elle n’obtiendra qu’une part de la vérité. Peut-être n’a-t-elle pas vraiment envie de savoir. Parfois il est plus aisé d’ignorer les horreurs de ce monde, mais quelque chose en la québécoise l’empêche de céder à l’évitement.

«Ce n’est rien. Je me demande juste si je mène le bon combat parfois. Et comment je pourrais réellement changer les choses. Je me demande comment il se fait que nous n’obtenons pas les résultats escomptés. Et jusqu’où il faudra aller au nom de ce combat.»

Le sang se fige dans les veines d’Isabelle. Chaque mot de Mercedes la plongeant dans un profond scepticisme, qui l’empêche quelques moments de parler. Elle a cru longtemps que sa fille se contentait d’écrire des articles à la sauce un peu trop épicée pour le gouvernement en place, mais elle se trompait. Non, Mercy laisse croire qu’elle est complètement engagée dans le mouvement Résistant qui œuvre sur l’île, une bande de terroristes aux yeux de l’étrangère. Sa fille pourrait-elle être une meurtrière sans qu’elle le sache? Elle ne parviendra jamais à comprendre, pas si loin, pas sans avoir vu, senti, touché à la crise qui ébranle l’île d’apparence paradisiaque. Incapable de mesurer l’étendue des dommages ou les implications de faire partie d’un tel mouvement, la brunette se tait et fixe le mur devant elle, éclairé par un faible rayon de lune, où des photographies de sa famille lui sourient. Mercedes, parmi toutes, illumine les portraits de sa présence. Depuis trois ans déjà, qui est-elle réellement? En se lançant à la poursuite de ses rêves et de ses racines, la jeune femme s’éloigne progressivement de sa mère et de son passé au Canada.

«Je sais que tu ne peux pas comprendre ce qui me pousse à me battre maman. D’un point de vue extérieur, ce n’est pas si simple… À vrai dire même Weston désapprouve. Il ne saisit pas que je fais tout ceci pour lui, pour son fils, pour nous tous. Je ne peux pas rester les bras croisés pendant que mes proches autour de moi tombent comme des mouches, tu comprends?»

Isabelle n’a jamais vécu l’adversité. Elle a vécu toute sa vie à Montréal, à vivre au gré des saisons et n’avoir que pour souci les froids mordants des hivers québécois et les jeux débilitants des politiciens canadiens sans passion. Pour elle, les notions de liberté, d’égalité et de sécurité vont de soi, et elle ne peut s’imaginer un monde où chaque sortie, même en plein cœur de la ville, implique la rencontre de soldats masqués, armés et dangereux. Où un où chaque mot est lourdement pesé. Un où même les innocents se trouvent victimes. Elle a connu Enola libre lors de ses premiers voyages vers l’île du Pacifique, et l’a considérée avec la lunette touriste lors de son dernier passage, l’hiver dernier. Pourtant, elle ne doute pas des dires de sa fille et frissonne d’effroi de réaliser que les horreurs qu’elle décrit pourraient se produire à son enfant.

«Tu sais Mercedes, tu es enolianne. Tu l’as toujours été. Tu es née là-bas et je soupçonne que tu y feras ta vie. Mais n’oublie pas que tu as été élevée ici, et que nécessairement, tu as acquis les valeurs transmises ici. Et être Québécois eh bien… c’est de beaucoup chigner sur tout, mais de ne pas faire grand-chose. Nous préférons nous taire plutôt que de changer les choses bien trop souvent, peut-être est-ce parce que nous aimons un peu trop la paix pour revendiquer quoi que ce soit. Ce n’est pas très glorieux, mais peut-être as-tu acquis la même chose. De te préserver plutôt que d’être celle portant le flambeau. Nous n’avons pas de grande cause ici qui demande de se brûler les ailes.»

«Mais je veux m’impliquer, je veux changer les choses peu importe le prix et…!»

«Calme-toi, Mercy, laisse-moi terminer. Ce que je veux dire c’est que malgré ce que tu peux en dire, ces valeurs t’imprègnent tout de même. Tu es en train de changer, c’est normal, dans ton nouveau contexte. Mercedes, tu es en conflit de valeurs. Tu ne sais pas jusqu’où aller, où te positionner dans un monde où on te demande de faire des choses qui sont contre ta nature, contre ce que tu as appris.»

«Je suppose que c’est vrai.»

Elle se tait. Sa mère la laisse réfléchir, confortable malgré le silence.

«Hum. Ouais. On peut dire ça. C’est vrai qu’avant, je voulais révolutionner le monde, mais je ne comprenais pas exactement ce que ça impliquait. Maintenant que j’ai une famille et des amis dans le mouvement, c’est… vraiment difficile. J’ai peur que de par mes actions, quelqu’un en souffre. C’est eux que je veux préserver, et non moi-même. Mais au final, c’est du pareil au même. Il n’y a pas de bonne solution pour tous les protéger. Ce qu’il faudrait c’est de gagner, mais je ne sais pas comment. J’ai peur que nous n’y parvenions jamais… Si tu savais maman, je ne dors plus depuis des jours, ce matin j’ai même retrouvé ma brosse à cheveux dans le réfrigérateur.»

Isabelle ne peut s’empêcher de sourire. Malgré les changements opérés chez sa fille, sa mère constate qu’elle n’a pas tant changé. Tête en l’air lorsque quelque chose vient réclamer sa totale concentration, nerveuse et dédiée, et surtout convaincue de sa propre importance en des proportions impossibles. La comptable soupire, voilà exactement le genre de caractéristiques que Mercedes aura pris d’elle. Toutes les deux si fières, persuadées qu’elles doivent porter les problèmes de ce monde sur leurs épaules.

«Tu sais que tu n’es pas responsable de toutes ces personnes, Mercedes? Un jour ou l’autre, les événements t’échapperont, et cette guerre tu ne peux y apporter que le meilleur de toi-même. Respecte-toi dans tes décisions mais cesse de croire qu’il n’y a que toi. Il y a des limites à ce que tu peux faire, à ce que tu veux faire. Écoute-toi aussi.»

Elle reste silencieuse, et sa mère adoptive soupçonne qu’elle combat les larmes à nouveau. Une fois de plus, Isabelle se montre patiente et attentive, sait avoir dit ce qu’il fallait. Elle ne pourra jamais empêcher la journaliste de se lancer dans les dangers au nom de la liberté, mais elle peut au moins l’outiller dans son voyage.

«Je ne peux pas empêcher la culpabilité. C-c’est aussi pour ça que je t’appelle. J’ai l’impression d’avoir mis mon équipe en danger en prenant une décision, et nous avons eu des pertes. Mais notre entreprise a été fructueuse et a largement contribué à notre cause… Encore une fois, je me demande jusqu’où aller, à quoi ça rime, et si tout ceci en vaut la peine.»

«Fais juste ne pas oublier qui tu es, Mercedes. Conserve ton respect pour toi-même et fais confiance à ton instinct. Ton instinct, il te dit quoi, maintenant?»

«Il me dit…» elle hésite un moment puis reprend la parole. «Que j’avais raison de mener cette décision jusqu’au bout. Que je ne me pardonnerai jamais les pertes. Et que je suis fatiguée. Vraiment fatiguée, maman.»

Mercedes soupire. Elle soupire comme ceux du double de son âge, de ceux qui ont vécu, aimé et regretté, de ceux qui portent de larges blessures qui ne cicatriseront jamais. Soudain sa fille lui semble si loin, comme ancienne et imprenable, et Isabelle ne peut réprimer un frisson devant son évident trouble.

«Lorsque tu prends des décisions, Mercy, il faut les assumer et les accepter. Tu ne peux pas passer ta vie à regretter des choses que tu as pu faire. Il faut aller de l’avant. Mais avant, je pense que tu pourrais te reposer un peu. Prendre du recul, prendre du temps pour toi.»

«Oui, that sounds good mama.»

La voix de la rose est toute petite dans le combine. La voix d’une enfant perdue que l’on vient juste de rassurer.

«Tu sais pourquoi je t’appelle maman? Parce que tu sais toujours quoi dire. Même si je sais que tu t’inquiètes et que tu désapprouve. Merci d’accepter quand même. Et d’être là pour moi, même si je n’ai pas été une fille exemplaire.»

«Tu sais quoi, Mercy? On n’arrête jamais d’être mère.»

«Merci.»

Cette nuit-là, Isabelle se glisse de nouveau parmi la tiédeur des couvertures et se presse contre son amoureux. Mais elle ne dort pas. Elle est loin, bien loin de cette petite maison, loin des songes. Elle est auprès de sa fille et la tient contre elle de toutes ses forces et lui dit qu’elle l’aime. Peu importe ce qui les séparera, la dame conservera cette porte ouverte. Elle ne cessera jamais d’être mère.

* * *

Les jours ont passé. Identiques. Sans saveur. Une pause inutile. On ne peut pas se reposer de soi-même. Et j’ai tenté. Tenté si fort de sourire et de rire, de poursuivre Benjamin dans la maison en poussant des hurlements de lion, de sortir avec des amies, de vivre mon intimité auprès de mon époux. Rien n’y fait. Inlassablement, les démons me rattrapent, et avec eux la soif du mouvement, la culpabilité humaine de l’existence et de l’immobilité. Si je veux avancer, tant de choses m’entravent désormais. Les pensées se bousculent contre mon crâne, le temps et la réalité m’échappent. Je parviens si bien à jouer le jeu, celui des apparences. Un sourire sitôt le regard de Weston levé vers moi, un trouble chassé d’un mouvement de main alors que son fils pénètre dans la pièce où j’ai pensé me réfugier quelques instants… mais malgré mon expertise dans l’art prenant des jeux d’ombres, rien au monde ne saurait dissimuler le manque. L’éclat sauvage de mon regard, le combat qui me déchire. Je veux me battre. Je dois me battre. Ce matin, l’épuisement me fait tituber. Je n’ai pas beaucoup dormi. Ni mangé. Ce matin, la personne qui me scrute dans ce miroir est maigre, émaciée, perdue, nerveuse. En dissonance. Et encore ce chemin pour m’apaiser, ce même où je marche depuis des mois maintenant comme on emprunte la voie de sa perdition. Je me souviens des mots d’Hiba, mon collègue, quelques jours plus tôt. Nous devons tous mourir. Parfois j’en ai même envie. Lorsque la perspective de vivre ainsi se poursuit, chaque instant dépourvu de sa saveur, et seule la rage pour m’animer. Ce même feu qui m’asphyxie un peu plus chaque jour. Je veux me battre, je dois me battre.

Notre base se situe à Vanawi, dissimulée en pleine rue. Un escalier mène à l’intérieur de la bâtisse, une vieille école recyclée en locaux commerciaux. Nous occupons le sous-sol, une pièce inaccessible pour ceux ne la connaissant pas. J’ouvre la porte grâce à ma clé et longe le long couloir plongé dans l’obscurité. L’air dense et humide sent mauvais, comme à son habitude. Je me dirige à tâtons vers la porte de notre local après avoir passé un faux mur. Mes collègues m’attendent depuis des jours, je le soupçonne. J’ai rarement l’habitude de m’absenter si longtemps. En trouvant la porte, je remarque que celle-ci ne résiste pas à ma poussée comme à son habitude. Elle glisse contre ses gonds avec une lenteur macabre tandis que je scrute prudemment l’intérieur. Une faible lueur éclaire la pièce. Je remarque d’abord avec inquiétude les écrans des ordinateurs, éventrés, fils et verre juchant les bureaux, les papiers éparpillés, et puis le sang. Il recouvre le sol là où plusieurs corps s’entassent, criblés de balles. Morts. Hiba. Philenon. Trois autres Résistants. Ils sont morts. Je me retiens de hurler en reculant, me bute contre quelque chose de mou et de froid, le corps inanimé de la Psystigri de mon ami. Je ne peux réprimer un regard vers elle, sa carasse brisée par la forme ensanglantée d’une morsure mortelle. Mes doigts l’effleurent doucement mais tout mon être me pousse loin d’elle. L’instinct, plus fort que la raison, plus fort que le chagrin, me pousse à la fuite. La fuite.

Le bitume défile contre mes roues. La moto rugit, son vacarme étouffé par la symphonie parfaitement orchestrée de mes angoisses. Parfois, au détour inhabité d’une colline, un cri de rage et d’incompréhension me saisit. Et devant mes yeux effarés danse encore la vision impossible des corps inanimés de mes compatriotes, de tant de jeunes gens innocents aux regards éteints et avec eux leur existence. Soufflés. Comme une bougie, un coup, une balle, pour tout changer. La peur m’écartèle, je respire à peine, les mains tremblant contre le guidon de l’appareil qui me mène docilement sur cette route parcourue des centaines et des milliers de fois. Pourtant ne m’a jamais semblée si étrangère. Les ombres me coursent, me dépassent, me laissent perdante dans la plus profonde des désillusions. N’est-elle pas naïve, l’existence humaine, de se croire inépuisable. Éternelle. Ne se complaît-elle pas dans son immobilité? Combien j’ai cru que chaque jour s’écoulait pour se ressembler, que jamais la différence ne s’accrocherait à la mienne, à moi, à mes proches. Malgré les risques, ce jeu insaisissable du risque, je ne pouvais envisager perdre. Tout perdre. Et pourtant, alors que le rugissement de la moto s’apaise, la route devenue sauvage et rassurante, je réalise ne comprendre qu’une fraction du mot défaite. Le chemin menant à ma demeure se fait sombre. L’interférence se fait sentir aussitôt. Ce détail dans l’immensité d’un portrait qu’on scrute tous les jours sans plus vraiment le remarquer. Une tache.

Rouge.
Je dérape devant une nouvelle silhouette brisée. Les ailes repliées dans la poussière, il gît, le poitrail parcouru de rouge. La moto s’arrête, abandonnée contre la terre fraîche, retournée, brûlée par endroits, là où mon compagnon aura tenté de se défendre. Je cours à lui, en titubant, le sang battant à mes tempes affolées. Chaque pas comme pour m’enliser plus dans la démence. Mes genoux s’écorchent à ses côtés, mes mains tremblent de saisir son corps inanimé. La plaie, béante, me sourit. Je n’ai pas même la force de souffler un nom. Pharos respire encore, faiblement, à sursauts. Mais aucune réaction. Près de lui, je discerne finalement la forme de Sirius, son corps violemment brûlé. Lui aussi, le rouge. Sa queue à moitié arrachée a été abandonnée dans la boue. Je lève un regard vers la maison, touche, effleure, secoue. Devant la véranda, Nueria et Wanda, sonnées, désarticulées. Mais ils sont en vie. Ils sont tous en vie. Qu’en est-il des autres? Les poutres du balcon extérieur arrachées, l’escalier en ruines. La porte pend contre ses gonds, laissant entrevoir un couloir sombre à l’intérieur. Dernière défense de cette ouverture sur un tout autre monde, je reconnais Shadaya, les flancs déchiquetés par le passage de griffes. Elle aussi respire, un œil levé vers le ciel, l’autre, inutile, dans une mare vermeille. Je la rejoins, son œil maintenant unique me transperce et je parviens à articuler avec peine son nom. Mes doigts engourdis viennent jouer contre ses longs poils dévastés, à la recherche d’une explication.

J’aurais préféré qu’il n’y aille rien à défendre. Qu’un amas fabriqué, un objet tel un autre, une habitation vide. Mais je sais, je sais qu’à l’intérieur d’autres corps comme celui-ci m’attendent. Je sais que parmi eux, le risque de retrouver ceux de mon époux et de son fils. La peur luit parmi l’iris pourtant habituellement brave de ma compagne. La lionne électrique m’effleure de son museau, perdue, en proie d’une douleur que je devine aux spasmes qui agitent ses jambes. Malgré sa souffrance, elle me repousse, de ses dernières forces. M’intime à agir. Mais je suis immobile. Je retiens un sanglot, mais je n’ai rien à pleurer. Je refuse de la laisser ainsi et pourtant je dois l’abandonner à son sort. À l’intérieur, un tout autre combat m’attend. Je prie Arceus pour que les autres furent aussi chanceux. Pour que Weston et Benjamin soient en sécurité à l’Arène. Où n’importe où ailleurs. Les questions, elles viendront après. Je me contente de me relever, comme résignée. Marionnette de mon destin. En laissant derrière moi mon amie, ma protectrice, celle à qui je dois la vie et qui cette fois seule m’a failli. La maison m’attend, et avec elle des réponses auxquelles je ne suis pas préparée.

Auxquelles je ne serai jamais. Hercules, Silver et Teigon m’attendent dans l’obscurité du long corridor. Les murs, déchirés de traces de griffes et d’éclats brûlés. Le combat fut rude. Chaque coup donné plus violent que le dernier. Un combat pour la vie. Si Hercules est aussi inconscient que ses précédents camarades, Teigon tremble contre le plancher, retenant dans ses bras un corps inanimé. Son regard, rouge, injecté de sang, ce regard épuisé, vaincu, hagard. Ce regard qui a vu la mort. Je réalise trop tard qu’il s’agit de celle du Dimoret qui repose, sans vie, contre sa poitrine. Le choc est tel que je titube. La négation me heurte, l’éternité s’effrite entre mes doigts. Le Zoroark pleure. Je ne l’ai jamais vu pleurer. Pourquoi faut-il qu’il pleure?

«Teigon…»

Ma voix me paraît si raide. Lointaine. Mon cœur n’est plus qu’un tambourinement inégal tandis que je me penche pour récupérer la pauvre créature entre mes bras. Je me souviens de notre première rencontre, parmi les montagnes enneigées, de ce jour où il a choisi de me suivre parmi ma vie mouvementée, parmi mon existence de dangers et de vérité. À présent, celle-ci doit-elle se résumer en une énumération de victimes? Les larmes ne viennent pas même, simplement une immense douleur. Un vertige. Une impossibilité. Pourtant bien réelle. Je n’ai plus la force de continuer, pas avec la culpabilité qui enfin me regagne, qui m’étrangle. S’il est mort, c’est par ma faute. Et son meurtrier, probablement pas bien loin, un lâche.

Et elle lève les yeux, elle n’est plus que feu et rage, destruction et honte. Elle n’est qu’une ombre, ce murmure qui vous tire un frisson, celui qui vous éveille au fond de la nuit.

Continuer. Hantée, toujours, par les cadavres jonchant mon passé récent. Contre ce couloir soudain inégal, je m’avance, cette fois encadrée de mes deux seuls alliés présents sur ma personne au moment de mon arrivée. Aria ouvre la marche, ses épaules tendues de douleur tandis qu’elle repense à Silver que nous avons laissé à son protecteur. Golden me suit de près, trop près, prête à me rattraper. Mais je ne vais pas tomber, pas maintenant. Avancer demeure la seule solution, même si je dois courir à ma perte. Dans la grisaille régnant sur la demeure, je murmure le nom de mon allié tombé, la poitrine contractée dans un étau. Le choc, trop difficile à accuser. Je poursuis ma progression vers la cuisine, chaque pas teinté d’horreur devant les vestiges des combats qui auront laissé la maison abîmée. Une trace de sang contre un mur me tire un frisson. Mais la cuisine est vide, presque intacte. De la grande fenêtre, offrant une vue sur le patio et la cour, je constate autre chose. Dans la piscine repose la carcasse de Jeda, vaincue, son expression encore plissée de douleur. Je l’entends gronder, appeler, mais personne ne vient pour elle. Non loin d’elle, je vois Nemeroff, Nemeroff qui est si jeune, recroquevillé contre elle. À l’instar de Pharos, on lui a brisé les ailes. Je me détourne de cette vision tandis que Aria grogne, incapable de faire face à la souffrance de ses camarades. Je ne cherche pas à la calmer. La même fureur me dévore. Golden nous observe, d’apparence insensible et détachée. Je sais qu’elle flanchera à son tour, plus tard. Pour le moment, elle réfléchit.

«Je ne vais pas partir, Golden, pas maintenant. Je dois m’assurer que Weston et Ben… Je dois retrouver Kinu, Dot et Peach. Et le responsable de tout ceci.»

Au-delà de la crainte de retrouver le meurtrier de mon allié, l’angoisse de ne pas le faire me pèse. Jusqu’à présent, je n’ai pas cherché les réponses qui s’imposent d’elles-mêmes. Car je sais. Je sais très bien qui. Je sais très bien pourquoi. Après avoir détruit mes camarades, ils m’ont cherchée. Un d’entre eux m’aura vendue. L’Alakazam hoche la tête et je discerne dans ses prunelles sombres la flamme de la colère et du désespoir. Je me détache d’elle de quelques pas, ouvre un tiroir du comptoir de la cuisine. Dans un compartiment secret, elle m’attend. Elle me scrute dans l’obscurité, éclair argenté que je retire la main tremblante. L’arme pèse lourd contre ma paume. J’en défais la sécurité, parcourue d’un frisson de terreur et de remords. Le métal du pistolet me paraît glacé, un froid qui me consume à mon tour. Alourdie, je fais signe à mes alliées de me suivre tandis que je m’engouffre dans l’escalier en direction du deuxième étage. Chacun de mes pas grince contre les marches de bois. L’étage supérieur m’accueille par un silence. Le soleil en déclin projette des ombres à mes pieds. Je progresse dans l’obscurité éclairée par les flammes de la Roitiflam qui ouvre la marche. Et à l’extrémité du couloir, une lumière. Une voix. Un coupable.

Mes pas accélèrent. Je dépasse Aria qui cherche à me rattraper. Je dévale le couloir, mon arme à la main, prête à ouvrir la porte. Mais un grognement m’en empêche. Je fais volte-face. Dans l’entrée de la chambre de Benjie, deux silhouettes familières sont étendues. Peach semble presque dormir, enroulée contre elle-même, son pelage en désordre. Kinu, lui, me scrute intensément. De ses yeux ambrés je lis la détresse, la honte et la culpabilité. Du sang s’échappe de sa gueule et de trop nombreuses coupures et brûlures. Je caresse son museau, défaite. Mon héros est tombé, que puis-je contre l’ennemi qui nous attend derrière la porte? Dans un murmure, je lui demande ce que je n’ai osé réclamer savoir jusqu’à présent.

«Weston et Benjamin…?»

Ma voix s’étrangle. Je combats les larmes. Lentement, Kinu secoue la tête et je mets un moment à comprendre sa négation. Ils ne sont pas ici. Ils ne sont pas ici. Ils sont sains et saufs, pour le moment. Je ferme les yeux, chassant les larmes que je retenais jusqu’à présent. De l’autre côté, mon ennemi a gagné. Je n’ai pas l’intention de l’affronter. Pour protéger les miens, je devrai me rendre.

«Je suis désolée, Kinu. Tu veilleras sur eux, n’est-ce pas?»

Sa carcasse s’ébroue tout à coup. Son regard rivé dans le mien, il m’affronte, refuse ce que je viens de lui nommer. Refuse mes adieux. Je pose mes mains contre son dos, tendre, compatissante. D’entre tous, il aura été le plus dédié, mon meilleur ami, mon protecteur. Je ne sais pas si les vivants manquent au morts. L’hésitation s’effrite entre mes mains tandis qu’avec une lenteur accompagnée de soubresauts, je me redresse. Malgré les protestations étouffées de toux du reptile, je lui fais face, solidaire dans sa misère. Soudain le temps m’alourdit, synonyme de souvenirs. Tant de chemin parcouru et nous voici à la croisée des chemins, incapables de livrer le combat auquel nous nous préparions depuis longtemps. Déployée, vaincue, mon armée a failli et son général doit aujourd’hui se rendre. Mon capitaine a rendu les armes, ne combat plus que pour me dissuader. Au-delà de la porte à mon opposé se tient un ennemi que je ne pourrai pas vaincre. De le réaliser me couvre de peur. Que pourront Aria et Golden pour défendre contre ceux ayant détruit le plus fort d’entre eux? Mes poings se serrent, la rage m’anime. Tant de sang innocent écoulé. Je scrute la porte en me demandant le véritable responsable. Ne suis-je pas complice de son œuvre, moi qui les ai tous menés dans ce combat? Cette décision doit mettre fin à la souffrance de ceux que j’ai entraîné malgré moi dans ce monde de terreur et de désillusions. Je veux me battre, je dois me battre. Mais ce soir je dois renoncer à ma lutte. Pour Weston et Benjamin. Pour tous mes proches qui risquent de subir le même sort. Ce soir, je dois mourir.

La porte s’ouvre sur une chambre intacte hormis quelques détails. D’abord, une présence bordant la fenêtre, la silhouette d’un homme de taille moyenne, aux prémices de la trentaine, portant un manteau noir où repose un masque blanc. L’encadrant de sa haute stature, un Pokémon que je ne reconnais pas, à mi-chemin entre l’homme et le félin, ainsi qu’un autre, un Drakkarmin. Tous deux portent d’importantes marques de blessures. J’y reconnais les marques désespérées de mes compères s’étant défendu pour leur vie. Lorsque l’homme se retourne, sa manche porte une trace de dents qu’il tient de ses doigts tremblants. Kinu. Une satisfaction éclate au creux de mon ventre tandis que je braque mon arme sur la tête du responsable. Au moins il l’aura eu. Goûté sa chair. Je me ravis de la souffrance évidente sur les traits de mon adversaire, qui m’accueille d’un sourire posé, presque accueillant. Un long frisson me parcoure devant la familiarité que ce visage m’évoque. Car cet homme, je l’ai déjà rencontré, quelques fois. Adam Bradford, tout comme moi Gagnant d’une Compétition passée. Je constate qu’il s’est récupéré en soldat du Régime. La honte et le dégoût me consument désormais. Je ne peux oublier avoir serré la main de celui ayant désormais ordonné la mort de Silver. Mon doigt hésite contre la gâchette du pistolet qui tremble entre mes mains. Je veux me battre, je dois me battre.

«Victoria. Bienvenue. Je t’attendais, heureusement tu n’as pas été longue à arriver.»

Dans sa voix je devine un effort mesuré pour contenir la douleur qui lui déchire le bras. Je connais parfaitement cette douleur. Lors d’un cauchemar de l’Aligatueur, j’ai eu droit au même traitement. Une simple erreur dans mon cas. Dans le sien, une intention féroce de défendre sa demeure, ses proches et sa maîtresse. Si je ne peux que deviner la plaie sous les pans déchiquetés de sa manche, je m’imagine sans mal l’état lamentable de la chair en dessus, broyée par les mâchoires destructrices de mon allié. Muscles et nerfs pour y passer, sa peau plus qu’un lambeau ensanglanté. Son membre ne sera plus jamais le même. Il n’oubliera jamais, même s’il doit souffler nos existences ce soir. Je tremble désormais, la colère presque suffocante au creux de ma gorge. Entrave profonde empêchant le passage de mots ou protestations. Devant mon mutisme, il poursuit.

«Enfin, Victoria… Nous pouvons dire les vraies choses, désormais, Azmitia. Tes camarades ont couiné comme des porcs.»

Ma main frémit avec une telle intensité que je redoute de lâcher mon arme. À mes côtés, Golden et Aria attendent mon commandement. Si l’Alakazam exprime le même calme résigné, sa comparse Roitiflam brûle de haine. Le félin et le Drakkarmin me surveillent sans s’alerter. Ils sentent ma peur, savent que malgré l’envie, je ne tirerai pas.

«Je me demande ce qu’ils m’offriront pour toi. Tout un honneur que tu m’offres d’être celui ayant finalement découvert la vérité.»

Il s’exprime de phrases courtes, d’un fort accent anglophone. Lui comme tant d’autres aura cherché la gloire au sein de la Compétition avant de se retrouver mêlé des histoires politiques de l’île. Néanmoins, il a choisi le mauvais camp. Adam sourit de nouveau, s’approchant de quelques pas qui tirent un grondement à la guerrière à mes côtés. Golden lui lance un regard lui intimant au calme. Déjà, elle calcule les possibilités et trajectoires de cette rencontre. Encore, elle cherche à me protéger. Elle n’aurait qu’à tendre la main pour me téléporter loin d’ici, à la recherche de renforts. Mais je n’ai pas le luxe d’attendre de l’aide. Weston et Benjamin pourraient rentrer d’une minute à l’autre et courir le risque de subir le même sort.

«Tu ne parles pas? Tu peux baisser ton arme, je ne suis pas venu ici pour te causer le moindre mal.»

Je m’enflamme. Le sang envahit ma bouche là où j’ai entravé ma langue de mes dents.

«Tu as tué Silver.»

Ma voix n’est qu’un faible murmure abîmé contre la rage au creux de ma gorge. Ma phrase fait naître dans ses prunelles pâles une once de surprise, comme s’il l’ignorait.

«Oh. Une commodité nécessaire. Je ne suis pas venu ici pour faire semblant, Azmitia. Tu comprendras que j’ai une mission, un devoir. Silver… well he was in my way.»

Je respire à peine, le sang contre mes tempes m’étourdissant de sa fureur.

«You fucking asshole.»

Mon tour de parler anglais. Ce juron me paraît si faible, si faible pour exprimer ma douleur et ma rage. Néanmoins, l’insulte le rend mal à l’aise. Il s’assoit contre le lit pour me scruter, comme calculant ses prochaines paroles.

«Donc… qu’est-ce que tu veux faire maintenant?»

Lui éclater la tête. Réduire sa cervelle en une bouille épaisse de neurones et de cendres. L’esprit d’un être comme lui doit nécessairement s’en constituer. Je scrute prudemment mon ennemi, incapable de comprendre le sens de son questionnement.

«Nous n’allons pas nous regarder comme ça toute la journée, hein? J’ai une proposition à te faire, j’apprécierais que tu baisse ton arme.»

Ma main hésite tandis que la Roitiflam se remet à gronder. Le sourire qui anime le félin aux côtés de l’homme me distrait de ses paroles. Peu importe ce que son maître s’apprête à me proposer, je doute d’apprécier l’offre. Néanmoins je baisse mon arme, tout en la gardant contre ma cuisse, avide et tremblotante. Un nouveau soulagement se peint contre les traits de mon ravisseur tandis qu’il replace une mèche de ses cheveux bouclés contre son crâne. Ses gestes se font nerveux, imprévisibles. Je les guette un à un, protégée désormais de la seule présence de mes alliées à mes côtés.

«Dis toujours.»

«You know we don’t have to fight on different sides. You and I, we are the same. Winners. Fighters. We…»

«Tu dis «nous» encore une fois et je te jure, je tire.»

Il se tait prestement, ses lèvres pincées dans un rictus pensif et insatisfait. Cet échange me rappelle les combats que je livrais, il y a une éternité me semble-t-il, au cœur des Arènes d’Enola. Le jeu, la stratégie, l’exercice psychologique se livrant deux adversaires et moi comme seul rempart que ma force brute qui s’oppose à ses tentatives tentaculaires de m’atteindre. Nous comparer, et puis quoi encore? Se croit-il dans un mauvais film? Il change aussitôt de tactique, testant mes défenses d’une offensive qui me tire un sourire narquois.

«Vas-tu te taire, you bitch? You guys think we are the bad guys. Vous vous pensez si purs, regardez-nous, les héros de la nation! But, we all have your needs. Yours is to protect your family. Weston et Benjamin, those are their names, right?»

Si je n’ai de réponse qu’un profond silence, tout en moi hurle et se débat. Ces noms, dans sa bouche, tempêtent sous mon crâne. Ces objectifs, ces promesses, maintenant inaccessibles.

«Ne sois pas stupide. Je t’offre une place parmi nos rangs, éponger tes crimes, let’s say we are friends now, that sounds good right? But you work with us, you train with us. And that family of yours well… is finally safe.»

Safe. En sécurité. Le mot me paraît si lointain, l’expression même de mes désirs depuis des mois et des années maintenant, une utopie que je caresse du doigt, charmée malgré moi par la perspective.

«Je sais que tu crois faire la bonne chose, Azmitia. Mais sérieux, ce peuple que tu défends n’en a rien à foutre. People doesn’t care about what happens to you. At least now you can protect the ones who actually give a damn about you. Ça n’a rien à voir avec la justice ou l’égalité ou la dignité humaine. It’s about what’s important.»

Rien au monde ne m’importe plus que ma famille. Mais les joindre serait tout autant de les condamner.

«Tu crois vraiment que je vais croire ta foutaise, Adam? Soyons réalistes ici. Le Régime ne pardonne pas les offenses. Les articles que j’ai écrits ne s’effacent pas, les écrits restent. D’une façon ou d’une autre, je paierai, et mes proches avec.»

«Pas si tu travailles pour nous. Immunité pour le gamin et ton époux.»

«J’en une autre proposition à te faire. Je me rends. Tu auras ce que tu veux, tu veux ta promotion, ta gloire, tu l’auras. Mais vous les laisser tranquilles.»

«Well… that I can’t do. Tu vois, ils sont complices de tes actions criminelles. À ce point-ci, je n’aurais qu’à en décréter l’ordre pour qu’ils soient exécutés sur place. But this is just between you and me now. We have a chance to turn this around.»

Mon sang se fige. Juste lui et moi? L’espoir rejaillit, étincelle frémissante entre mes doigts. Je m’y raccroche, m’accorde une respiration. Parmi les ténèbres, un rai de lumière, une fine ouverture, l’entrebâillement d’une porte. Une possibilité. L’instinct, la pulsion profonde de la survie, me poignarde douloureusement l’esprit en éliminant les conséquences. Ma main contracte celle de Golden qui, à ma gauche, comprend aussitôt l’allusion. Mon adversaire ne soupçonne pas la portée de ses paroles, dissimulée sous un masque neutre teinté de souffrance. Je joue contre cette fine ligne, cet instant de grâce, cette faille parmi son armure. Mon existence s’écrie, se cambre, refuse le triste sort auquel je me résignais quelques instants plus tôt. Lorsque mes doigts quittent ceux de l’Alakazam, je ne pense plus qu’à ce cœur battant, qu’à cet espoir. De toutes mes forces, je me jette contre Aria, la projetant au sol, tandis que la pièce explose autour de nous. Le Psyko renverse tout dans la chambre, y compris le Drakkarmin et son dresseur. Seul le félin gronde encore, sur ses deux pattes, avant de se jeter contre le Pokémon psychique qui s’empresse de se défendre. La Roitiflam a déjà quitté mes bras, se ruant sur l’adversaire avantagé de Golden. Leurs corps s’entrechoquent brutalement. Flammes et autres rayons dévastateurs zigzaguent dans la pièce, détruisant tout sur son passage. Je me fraie un chemin parmi les débris, cherchant à tâtons mon arme échappée lors de ma chute.

J’ignore si Adam a survécu à l’impact, si mes alliés parviennent même à se défendre contre les assauts rageurs de leurs assaillants. J’échappe aux éclats, les vestiges d’une vie passée, des biens matériels amassés qui aujourd’hui reposent en cendres. À plusieurs reprises, je dois me pencher de justesse pour éviter le feu rageur du félin ou de la Roitiflam, je ne saurais dire. Le plancher tremble tandis que je me traîne, cherchant de gestes imprécis le pistolet à m’en écorcher les mains. Lorsque mes doigts rencontrent enfin l’arme sous une couche de débris, je redresse la tête. Le chaos. Plus qu’une pièce aux murs calcinés, sans dessus, sans dessous, et deux adversaires osant encore se battre, épuisés. Aria et le félin se livrent de ses combats qui ne peuvent se terminer par la mort de l’autre. Le chat humanoïde griffe profondément le poitrail de mon amie, me tirant un cri désorienté. Je me relève, prenant appui contre le lit, étourdie par la proximité du combat. Une fraction de seconde, une inattention. Le félin s’est retourné vers moi, une seconde d’attention de trop. Les bras de la Roitiflam l’entourent, le hurlement qui s’échappe de sa gorge n’a plus rien du petit cochon rencontré au pied du volcan il y a trois ans. Elle est le feu, la rage, elle est destruction. Les os craquent, le souffle s’éclipse d’un long sifflement désespéré. Le félin retombe, disloqué tandis que sa meurtrière le considère avec froideur. Je la scrute, la gorge serrée, bouleversée par son geste que je savais nécessaire. Son regard rencontre le mien, à des miles et des miles de moi. Puis, de loin, elle me revient, l’étendue de ce qu’elle vient de commettre alourdissant ses prunelles. Fatiguée, ses yeux s’embuent. Elle gronde à mi-voix incapable d’accuser l’horreur.
Bang.
Bang.
Bang.

Trois coups. Sourde, je m’écrie tandis que la silhouette criblée de balles d’Aria rejoint celui de son adversaire. Sa tête heurte lourdement le sol, ses yeux encore ouverts sur ce dernier geste posé. À l’opposé de la pièce, il se tient, son propre pistolet tenant à peine dans sa main, celle de son bras blessé. . Le regard fou, la lèvre retroussée contre une rangée de dents ensanglantées, le choc du Psyko l’aura laissé affaibli, meurtri, vacillant. J’ai couru, à contre-courant, vers le corps sans vie de mon amie échouée contre celui de sa victime. Mes mains tremblent, mes os s’entrechoquent, et la bile me monte à la gorge tandis que la douleur explose à nouveau dans ma poitrine. J’émets un son, entre le gémissement et le grondement de rage, une expression étouffée s’échappant de mes tripes qu’on aura poignardées. Je scrute son visage de doigts bouleversés, incapable d’articuler son nom. Mon cœur n’est plus que ratés et hésitations, ma respiration s’engage dans l’oubli. Mon corps entier n’est plus que souffrance, qu’un tsunami d’émotions qui menacent de me détruire. Dans mon dos, toujours la menace, je la sens contre moi, la prochaine. Je me redresse d’un élan étourdissant, rattachée encore à ce filin d’espoir, à ce rai de lumière, celui rendu possible par l’implication de la Roitiflam. Son existence pour la mienne. Je n’ai pas le droit, pas maintenant. Je veux me battre, je dois me battre.

Le temps se fige. Dans l’obscurité de la pièce, plus que la lueur meurtrière des canons qui se font face, l’éclat primitif de nos prunelles. Et à nos pieds, l’enjeu ultime, la vie et la mort. Adam oscille, faible, sa main incertaine contre son fusil. La mienne n’a jamais été si droite. Elle s’élève sans hésiter. La peur s’insinue en lui alors qu’il tente désespérément de viser.
Bang.
Il a raté sa cible.
Bang.
Il tombe. La balle a traversé sa gorge, d’un dernier souffle étouffé, il s’éteint.

Rouge.
Le coup de tonnerre retentit encore sous mon crâne. A brisé mon corps de tremblements. Lourd, tout est lourd. Je l’échappe contre le sol. Un nouveau «bang». Où est-ce mon cœur? Je ne le sens plus. S’est-il arrêté? Par ratés il titube. À mes pieds, l’éclair argenté du pistolet, son canon encore chaud du passage du projectile. À mes pieds, le rouge, le rouge sur la moquette. Profond, ses reflets comme des ténèbres qui vrillent mon âme. Dans la mare qui s’étend, je peux voir le reflet aux traits figés de mon visage. L’horreur. La peur. L’éclat translucide de sa peau parcourue de veinures nerveuses. Plus encore, cette lueur sauvage, animale, de mes prunelles. La sueur recouvrant ma lèvre supérieure, redressée sur une rangée de dents qui claquent. Et hormis ce son bouleversé, plus rien d’autre que le néant, le silence stérilisé, et avec lui l’odeur métallique du sang. Je tente une respiration, m’étouffe de la bile qui jaillit de ma gorge. Tout mon corps se projette de l’avant, je dois reculer précipitamment pour éviter le rouge, le rouge qui par éclaboussure recouvre déjà finement mes vêtements, et peut-être un peu mon âme. Mes mains s’engourdissent, je me redresse sans parvenir à regarder le cadavre à mes pieds, incapable de l’éviter toutefois, prisonnière de l’action commise. Je recule d’un pas, la panique ascendant contre ma trachée d’où un cri mêlé de sanglots émerge, suivi de plusieurs autres. Semblants de mots hachés, tranchés des sons agonisants de ma respiration désaxée.

Seule. Je m’effondre dans les ténèbres. Engloutie.
Je m’éveille, des heures, des jours, des siècles plus tard. Dissimulée dans la garde-robe de la chambre de Benjamin, je tiens Peach contre mes genoux qui, endormie, semble animée de cauchemars. Aucun souvenir des gestes m’ayant mené à trouver refuge ici. Mais l’éveil me défait brusquement de l’état latent dans lequel je baignais jusqu’alors, l’éveil brutal, violent, me tirant un gémissement d’une douleur d’origine inconnue. De mon corps ou de mon esprit, la souffrance s’avère insupportable. Parmi l’obscurité, une seule source de chaleur, une once de familiarité et de support, l’odeur candide des vêtements de Benjamin. Mon fils.

Au dehors, le claquement de pas contre les marches de l’escalier. On me recherche. Parmi les corps blessés de mes compagnons, les débris et les traces de sang. Tant de rouge. Doit est-ce être l’enfant candide de découvrir l’horreur dont j’ai promis de le préserver? On tire le rideau, on me découvre. Je me bute à un masque métallique que j’effleure de mes doigts tremblants, une supplication silencieuse. De cesser l’ambiguïté. De taire la douleur. Je ne parviens pas même à parler tandis que la silhouette se recule. Je reconnais la cape grise de mon collègue Résistant, une perspective qui ne me rassure qu’à moitié. Mes prunelles perdues ne posent pas même la question. Allié ou ennemi? L’inconnu retire lentement son masque en l’abandonnant à ses pieds. Devant moi se tient une femme âgée certainement de la fin quarantaine voire davantage, ses traits tirés par la douleur et la résignation. Elle soupire avant de cueillir ma main avec tendresse.

«Tu es sauve. Je vais t’emmener au Centre Pokémon de Baguin, nous serons en sécurité là-bas.»

Je ne dis rien. Mon esprit s’embue de nouveau. Je suis fatiguée.

«Oh Mercedes…»

L’inconscience me happe de nouveau.
Noir.


Dernière édition par Kaylie Monroe le Jeu 27 Avr - 22:20, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Codages   Mar 21 Mar - 17:45

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Comme l'oiseau aux ailes embrasées qui s'envole jusqu'au petit matin
Il est de nombreux défauts chez cette jeune créature perchée contre les branchages emmêlés d’un pin. Beaucoup le décrivent par la faiblesse et la naïveté, s’évertuent de dresser un portrait mesquin de ses déficits évidents dans les domaines privilégiés des guerriers. Nuage d’Oiseaux ne possède aucun courage, du moins pas tel qu’on le décrit dans les récits enchanteurs des Aînés. Il ne se jettera jamais tête baissée dans un combat, ne se dressera jamais devant une ligne ennemie pour défendre son Clan. Malgré toute la bonne volonté qui l’anime, le novice ne saura jamais se battre tel que le dicte les codes ancestraux. Il n’y prendra jamais plaisir non plus. Sa nature, fragile et délicate, lui intime à la prudence et la ruse des grands esprits pour s’extirper des situations difficiles. Celle-ci aurait pu s’avérer particulièrement ardue pour lui. Malgré son inexpérience, le jeune chat remarque sans peine l’épaisse musculature de l’intrus sous sa fourrure enflammée, devine aisément de l’inégalité du combat qui aurait pu survenir. Aux yeux des soldats entourant sa meneuse, il paraîtrait probablement faible, un traître même. Oh, Nuage d’Oiseaux sait que l’autre ne devrait pas se trouver là mais ne trouve véritablement aucune raison de se mettre en danger inutilement. Il profère dépenser ses énergies à l’adoucir par les mots. Puis, malgré la crainte que l’autre lui inspire nécessairement, une pointe de curiosité fait briller l’émeraude de iris.

«Étrange, ou étranger? Tout n’est question que perspective. Peut-être qu’à m’apprivoiser, ton point de vue viendrait à changer.»

Le novice s’amuse, tout de même, de par ce qualificatif. «Étrange» lui paraît bien doux en comparaison à ses sobriquets habituels. De par sa nature justement en dissonance avec les valeurs associées habituelles avec la vie clanique, il est souvent victime de rejet et en souffrirait amèrement dans le soutien acharné de sa fratrie. Sa fratrie… Sitôt l’enfant pense à son aîné, décédé peu de temps auparavant, que son cœur se serre d’angoisse et d’amertume. Il se replace sur sa branche, ses longs poils blancs se perdant dans la verdure quelques instants. Il n’est plus qu’une ombre, la lourdeur d’une âme qui n’aura pas trouvé la paix. Lui, en bas, se dit intrigué. Il serait surpris d’apprendre qu’il est la distraction et non pas le contraire.

«Par contre, fils des tempêtes, tu n’as pas répondu à ma question. Quel est ton nom? Je suis ravi que tu reviennes sur ton mépris. Je ne représente aucun danger pour toi, mais de cela peut-être te doutais-tu déjà.»

Le petit ne s’exprime pas toujours ainsi, mais parfois, lorsqu’il se sent vulnérable, la poésie agit comme un rempart entre lui et le monde, comme si en le décrivant dans ses propres mots il parvenait un peu plus à se l’approprier.

«Et surtout pourquoi cette visite inattendue?»
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MessageSujet: Re: Codages   Mar 28 Mar - 11:31


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The Winner Takes it All
feat. Riku Nagel
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Il y avait autrefois toute une toile de liens tissés, un univers de possibilités et de connaissances sur laquelle je voguais, insouciante. De cette toile émanait un sentiment profond, celui de la sécurité. Et si je me complaisais dans mon ignorance, il y avait quelque chose de rassurant dans cette toile de mensonges et de faux-semblants. Ces liens créés par la machine régimentaire m’apportait à la fois protection, chaleur et objectif. Ma vie suivait un chemin duquel n’émanait aucun questionnement. Riku, par extension, fait partie de ce réseau qui à présent je dois remettre en doute. La toile s’est effondrée et avec elle la sensation rassurante d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi. Sans direction et sans plus véritablement de réseau, je suis forcée à reconsidérer chaque amitié, chaque décision, chaque tournant de mon existence jusqu’à ce jour. Avec Clive, l’exercice s’est avéré particulièrement douloureux. Les réalisations amenées par sa propre amertume résignée m’ont forcée à aller de l’avant vers un monde où je ne trouverai pour le moment que souffrance. Je sais cet instant de ma vie comme une crise, un chamboulement concret de mes habitudes. J’ai espoir qu’avec la Championne Coordinatrice, je n’aurai pas à subir de si étonnantes illuminations. Je suis lasse, lasse et fatiguée de toujours me questionner. Les convictions me manquent, me dis-je en préparant une tasse de thé en abandonnant quelques instants mon invitée surprise dans le salon.

Le «monstre» auquel elle fait référence est un tableau récent, qui couvre la presque totalité d’un pan de mur. Inspiré par Léviator, cette forme longiligne dévore la toile de sa présence spectrale, floutée. Les couleurs se mélangent pour créer une sorte de dissonance. La créature est discernable malgré tout, mais irréelle en soi. Elle semble nous échapper, comme un songe dont on tenterait de se souvenir des moindres détails. Certaines portions de la toile affichent un peu plus de focus. Je remercie poliment Riku tout en lui apportant tout ce qu’il faut pour le thé, que je pose sur la table du salon en tâchant d’y faire un peu plus d’ordre. La solution évidente, évidemment, est de prendre la pile de magazines, linge sale, et autres objets hétéroclites et de les placer dans l’armoire la plus près afin de les faire disparaître. En revenant vers la jeune femme, je force un sourire.

«Ça m’est déjà arrivé, tu sais. Surtout les nuits quand j’ai bu un peu trop de martinis, je me réveille très souvent sur le plancher de la cuisine ou dans le bureau.»

Combien cette époque me paraît lointaine. Je n’ai même pas souvenir de la dernière fois où j’ai bu une goutte d’alcool et pourtant… Il semblerait que ma consommation augmente avec mon taux de satisfaction, contrairement à beaucoup d’individus. Mon regard s’égare à nouveau vers «le monstre».

«Je comptais le vendre, celui-là, mais je n’ai jamais pu m’y résoudre. Il y a quelque chose dans ce tableau qui… Enfin, merci Riku.»

Je prends place non loin d’elle, surveillant attentivement son Grahyena. Il s’agit d’un spécimen magnifique, et il me démange d’en faire un croquis. Paz ne semble pas très heureux, lui, de partager son territoire avec un canin et se couche à mes pieds en faisant mine de dormir. Pour sa part, la rouquine entreprend de percer le silence et je me sens me raidir en l’entendant dire qu’elle est disponible maintenant. Maintenant. Je force un nouveau sourire, cette fois bien moins convaincant, à croire que j’aurais mordu dans un citron bien acide. Puis elle me demande comment je vais et cette fois je soupire, quelque peu agacée. J’en ai marre de cette question.

«Tant mieux, merci pour ta… permission? Et ouais ça va.»

Je ne vais quand même pas lui dire que je me sens forcée au travail et le moindre de mes gestes est calculé afin d’éviter l’enfermement ou la mise à mort. Mon ton est sec, distant, presque sarcastique. Je ne sais plus où me positionner, à quoi m’en tenir. Je m’emmêle dans ma propre toile.

«Et toi, j’imagine que ça va mieux? Peu importe ce que tu avais avant.»

(c)Golden
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MessageSujet: Re: Codages   Lun 3 Avr - 19:49


Have Mercy

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feat. Jake Morgans
La danse m’épuise. Un pas en avant, un en arrière. Une valse indécise entre deux pôles contraires à moi-même. Ma lumière s’éteint, et sans elle impossible de résoudre ce paradigme. J’aimerais dire que l’insistance d’Éden contre ma cuisse, la supplication de ses yeux, suffit à me convaincre d’aider un autre être humain, mais rien n’est si simple. Surtout pas aujourd’hui, surtout pas maintenant. On dit que l’on se forge de nos décisions, on dit qu’elles font ce que nous sommes. Je sens qu’aujourd’hui, celle que je prendrai me redéfinira dans mon entièreté. Je le regarde, lui qui souffre par hoquets et sanglots, lui s’étrangle de la mort qui grimpe contre sa gorge. Qui le guette. Cette mort qui me regarde à travers ses larmes. Qui me juge. Celle-là même qui m’a volé une part de mon existence, une part de mon identité, celle-là qui hante mes cauchemars. Je frissonne tout entière à le voir pour la première fois. Il est jeune. Il est effrayé. L’ont-ils brisé déjà? Ont-ils joué de ses idées, ont-ils teinté son jugement? Qui suis-je pour juger? Les questions s’accumulent. Le temps passe dans un nouveau silence soupesé de doutes et je m’enfonce dans un profond trouble. Ce que je croyais éteint depuis le premier coup de feu dans la ruelle ressurgit, une force, un besoin. Celui de sauver. Je dois le sauver. Au-delà de l’uniforme, au-delà des idées, au-delà des gestes commis par lui ou par d’autres. Il est un être humain. Et moi aussi. Pourquoi cette idée me semble-t-elle si nouvelle tout à coup?

J’encaisse ses supplications. Éden me regarde toujours dans l’espoir d’orienter ma décision. Sage, pure, créature. Elle aussi, elle a perdu une mère aux mains du Régime. Elle est née couverte de son sang. Je me demande quelle force l’anime pour lui permettre de pardonner. Alors que je me penche auprès de l’homme en blanc, l’indécision continue de m’écarteler. Je sors de ma poche un canif, un outil plutôt qu’une arme, dont je me sers pour déchirer le pantalon du blessé, m’offrant une meilleure vue sur la blessure. La balle s’est fichée profondément dans la chair sans toutefois toucher les os d’après ce que je peux en juger du premier coup d’œil. Ici, je n’ai pas les ressources nécessaires pour la retirer, mais je peux tenter de ralentir l’hémorragie qui risque de tuer le soldat d’une minute à l’autre. Je me sers de ce que j’ai déchiré de son pantalon pour en faire un garrot autour de sa cuisse. Je fouille ensuite dans mon sac pour en retirer des compresses et un bandage. Heureusement, mon sac à main contient quelques instruments de soin de base. Néanmoins là s’arrêtent mes ressources.

«Comment tu t’appelles, soldat?»

Ma voix est plus douce désormais, mais encore teintée de froideur, d’une dureté qui ne peut être que du mépris. Je me concentre sur la personne qu’il est plutôt que sur ce qu’il représente. Je dois me souvenir sans cesse des individus pour éviter de confondre le coupable de l’innocent. Je me demande jusqu’où l’obéissance est encore innocente. D’une main experte, je nettoie la plaie encore sanglante et la couvre de plusieurs épaisseurs de bandages. Cela sera insuffisant, mais assurera une possibilité nouvelle : celle de déplacer le blessé. Ici, je n’ai pas les moyens d’assurer sa survie et de lui prodiguer les soins nécessaires. Devant l’œil inquiet de Pumpkin et Éden, je fais appel à Anika. Celle-ci se raidit en interceptant le flot d’émotions contradictoires qui me traverse alors que j’essuie grossièrement mes mains humides et rouges contre une lingette.

«Voici mon Pokémon, Gardevoir. Elle peut nous transporter dans un lieu sûr, un lieu où je pourrai te soigner. Tu as bien compris?»

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MessageSujet: Re: Codages   Lun 3 Avr - 20:51

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Bring me back
Le poids de sa culpabilité le meurtri. Alourdi et las, il se terre parmi la tristesse qui jaillit des failles des murs qu’il aura mis des semaines à construire autour de lui. Lentement, elle s’insinue en lui, chaînes invisibles qui l’entravent et le retiennent. Ses pensées, toujours aussi indécises, ne parviennent pas à formuler mots, images ou sons concrets, seules les impressions persistent. Plus vibrante que toutes, celle de l’échec résonne en lui. Il s’est failli à lui-même de tellement de façons désormais qu’il ne reste plus que le vide, le vide dans lequel il s’est jeté à l’instant où sa dernière patte quittait le territoire des siens vers cette entreprise insensée. La rédemption n’est plus une option, désormais. Néanmoins il espère égoïstement assouvir sa curiosité, celle de connaître une sœur qui lui rappelle douloureusement ses liens familiaux. Oui, Torrent de Foudre incarne la taille et la force de leur père, sa tranquillité peut-être. Mais il lui ressemble encore plus, à elle. N’a-t-il pas calqué chacun de ses pas sur les siens? Belle de Nuit, sa mère, sa mentor, sa guide, celle possédant toute son admiration et sa dévotion. Elle a connu, elle aussi, bien des troubles et des misères, et il ignore qu’au campement il l’aura laissé ravagée d’une autre perte inestimable. Tant de destins il aura bafoués au nom de la peur, cette même peur qui l’étreint toujours devant les paroles de Fleur, ces mots dont il saisit bien sûr le sens caché. L’aînée tente de lui communiquer qu’un retour est encore possible, que là-bas le pardon l’attend.

«J’ai cru que j’étais fort. J’ai cru que j’étais le plus fort d’entre tous.»

Il ricane, sarcastique, méprisant. Envers lui-même.

«De cette naïveté, je suis guéri à présent. Je ne suis pas notre mère, Fleur. Encore mois notre père. Je n’ai pas l’obstination de Masque de Rosée, l’acharnement de Plume Agitée ou la douceur d’Eclipse Solaire. Je ne suis qu’une enveloppe de chair et de muscles, une arme parfaite entre leurs mains. Je suis un danger pour tous au Clan de la Lune car ils attendent, ils me guettent.»

Ils. Ces spectres qui susurrent à ses oreilles, qui animent ses membres d’une force inconnue et terrible. Torrent de Foudre se perd dans la contemplation de ses plus profondes terreurs. Néanmoins, la présence de sa sœur le ramène, elle est le fil, l’éclat, elle est le déclenchement d’un renouveau qu’il n’espérait plus et dont il ne se rend pas pleinement compte. Il relève les yeux vers elle, cette inconnue pourtant qu’un malheureux détour du destin lui aura arraché.

«Tu es partie de loin. Tu as passé une vie loin des siens. Tu es comme eux, Fleur. Ta place est parmi eux. Peut-être sauras-tu les protéger mieux que je ne l’aurai fait. Mais tu auras besoin d’un guide. Je…»

Il hésite en portant son regard vers la rivière, ce chemin argenté vers son passé, vers tant de ses déceptions. Malgré la terreur égoïste qui le saisit encore, la cavalerie de sa jeunesse l’emporte. Devant la révélation d’une sœur retrouvée, Torrent de Foudre se laisse… être.

«Je t’accompagnerai jusqu’aux terres de la Lune. Je serai ton guide.»

Il lui semble que, dans son regard, les étoiles se rallument après une longue nuit noire.
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MessageSujet: Re: Codages   Lun 3 Avr - 21:21

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One Step, Two Steps
Foi ne comprend pas le courage. Ni l’altruisme. Ces mots, personne ne les lui a inculqués. Elle n’en saisit qu’un sens teinté de son jugement désordonné par les fresques de son passé difficile. Elle considère ces idées avec un certain mépris, ne pourrait donc pas s’imaginer avec raison les véritables motivations de son supérieur. Ainsi elle le considère d’ailleurs : telle une lointaine figure d’autorité à laquelle elle ne se pliera jamais. Malgré sa participation active dans la reconstruction d’un groupe qui devait représenter l’unité et l’égalité entre tous, Foi ne parvient pas à se défaire de l’idée profondément ancrée d’une Meute hiérarchisée dans laquelle on a tenté de l’asphyxier, de la détruire, une fraction de son âme à la fois. La chatte grise ne croit pas aux Étoiles régissant les Clans, elle n’a de cause que la sienne. Une cause qu’elle ne sait exprimer que par ses réserves et ses tentatives incessantes de se couper du reste du monde, du sien. Écho Sauvage n’est qu’un mâle parmi tant d’autres à ses yeux, même s’il ne lui a jamais montré autre que respect et écoute, lors des quelques entraînements qu’ils auront échangé ensemble afin de combler les carences de la Rôdeuse. Elle le toise, fière, immobile dans son obstination à l’écarter, à le réduire. Elle doit se sentir en vie, elle le fait par son contact avec les autres, celui-là même qu’elle tente à tout prix de s’éviter. Mais maintenant qu’il est là, elle a envie de s’en prendre à lui.

Elle sourcille d’ailleurs devant l’évident sarcasme que lui réserve l’autre. De toute évidence, Écho Sauvage ne possède pas la naïveté prudente de sa sœur et ne se laisse guère impressionner par l’orgueil de Foi dont les moustaches se cambrent dans un sourire amusé. Elle aime qu’on l’affronte, qu’on lui résiste. Quelque part, elle a besoin d’entendre qu’elle a tort. Néanmoins ce qui suit lui plaît moins. D’abord la mention de Kyrielle d’Âmes suffit à la faire grimacer de nouveau alors qu’elle se souvient de ses reproches qu’elle juge insensés. Derrière ses réactions enfantines se cache tout de même un cœur blessé. Même si elle ne le reconnaîtrait jamais, pas même à elle-même, Foi recherche l’approbation et l’affection de cette seule part de sa famille. Puis encore, cette gentillesse, cette envie de la sauver, de lui faire plaisir, de l’analyser, de lui apporter son aide. La Rôdeuse soupire avant de regarder le mâle qui repose toujours sous elle. Pendant un instant, son masque d’impertinence se brise. Pendant un instant, on peut voir à quel point elle est lasse, fatiguée du combat qu’elle se livre perpétuellement.

«Écho Sauvage, je crois que tu as mieux à faire que de t’intriguer de mes sautes d’humeur. Tu es le Conseiller Rôdeur, tu es un chat très important, tu devrais éviter de jouer les héros auprès de ceux qui ne veulent pas être sauvés.»

Néanmoins, elle se questionne réellement au sujet de sa dernière interrogation. S’il y a quelque chose qui ne va pas? Foi ne pourrait penser à une seule raison de se torturer désormais. Elle est libre. Parfaitement libre. Et cette pensée la fait sourire.

«Pas la peine de t’inquiéter, monsieur le héros. Entre sœurs, parfois… on se prend la tête.»

Foi parle doucement, comme lors des rares moments où elle est sincère et vraie. Se cache derrière ses défenses une âme animée, certes, mais bien plus douce, plus près du caractère de Kyrielle d’Âmes. Oh, Foi serait toujours plus bruyante, plus obstinée, plus chaotique, certes. Mais il y avait, quelque part en elle, quelques résidus de ce qui aurait dû être.
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MessageSujet: Re: Codages   Dim 16 Avr - 19:28

Suivre la Cadence
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feat. Cadence Anew
Piquer une crise? Il n’en est guère le genre de Wilson. Au contraire, il s’agit plutôt du singulier personnage d’une histoire, celui qui se terre dans l’ombre du héros en espérant attirant le moins d’attention possible sur lui. Il apprécie néanmoins celle de l’infirmière malgré le léger malaise qu’il ressent toujours face à son insistance. La position d’aidé ne lui sied guère, lui prompt à servir plutôt que le contraire. Au moins, l’homme a la présence d’esprit de réaliser le bien-fondé derrière celle-ci et la candeur réelle derrière les intentions de la jeune femme. Ces derniers mois, tendus, l’auront laissé plus méfiant qu’à son habitude. Conscient de la chose, le policier se détend enfin pour simplement profiter l’instant présent, celui partagé auprès d’une nouvelle connaissance. La perspective de visiter l’hôpital lui déplaît toujours autant, mais il aura peut-être l’occasion d’enquêter au sujet de ses frères pendant qu’il y est. Sait-on jamais. Cette idée le rassure un peu, lui donne une raison de réagir plus positivement à la chose. Puis, il s’agira de l’occasion rêvée pour revoir sa partenaire de marche nocturne occasionnelle. Il se dégage réellement d’elle quelque chose de bon et de rassurant, un vent de fraîcheur dans la nuit pleine de cauchemars de Wilson.

Le blondin rougit néanmoins fortement devant le bisou distribué gratuitement à sa joue. Le monsieur fond un peu devant la montée soudaine d’affection de la jolie jeune femme, se frottant la joue d’un air embarrassé. Il se râcle la gorge, ne sachant que dire et un peu confus par cette démonstration inattendue. De toute évidence, Cadence fait partie de ces gens un peu originaux, différents, de ceux que Wilson apprécie, aussi gêné soit-il.

«Hum…» il toussote avant de poursuivre maladroitement. «J’insisterai, oui. Après tout, je peux avoir confiance en vous, et ce n’est pas quelque chose que j’offre facilement de par les temps qui courent.»

Si les mots de Wilson sont sombres, il sourit, bien plus détendu. La neige a formé une couche contre ses cheveux et son manteau. Pour ce qui est de Patronus, il est bien plus calme, à l’image de son maître. Suivant le trottoir enneigé, il lève son museau vers le ciel, ses petits yeux noirs émerveillés par la vision de cette neige nocturne.

«Dans tous les cas, vous pourrez au moins vous dire que vous m’avez fait sentir mieux. Je ne pense plus du tout à mes cauchemars désormais. Vous avez du talent madame Anew. Trouvez-vous difficile de travailler de nuit ainsi? Personnellement je préfère presque. C’est tranquille.»
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[/quote]
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MessageSujet: Re: Codages   Lun 17 Avr - 18:50

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Do you remember me?
L’anonymat ne me sied pas. Je m’empresse de m’en départir d’un sursaut enthousiaste, la posture changée par la perspective de ces destinées de nouveau liées. Si j’estime énormément mes frères, je conserverai toujours une place spéciale dans ma vie pour mes amis et mes connaissances, pour les oiseaux sauvages de passage dans mon existence. Nuage de Minuit en fait partie. Je conserve de nombreux souvenirs de notre enfance commune, de nos jeux et de nos discussions passées. Je m’assombris encore à me demander comme il a pu croire, ne serait-ce qu’un instant, que j’aurais pu l’oublier. Non, je n’ai pas oublié, aucun de ces oies migratoires qui font partie de ma vie. Aucun membre du Vent, ni de l’Astre. Je n’ai jamais eu de grand talent pour me rappeler les plantes, les techniques de chasse ou de combat. Néanmoins je ne saurai jamais oublier un visage et une existence. J’ai le sentiment que Minuit vient de m’offrir de nouvelles racines sur lesquelles m’ancrer, une première pierre où reconstruire mon temple. Et tous les autres, des disciples en devenir, un cercle d’amis solides. Au moins… au moins il y en a un. Je constate avec un immense soulagement qu’il n’a pas changé. Fidèle à lui-même dans sa simplicité, l’ombre qui me suivra de nouveau si je lui tends la patte. Je me délecte de la sensation immuable du besoin, celui de combler celui des autres. Ce manque, à remplir. Nuage de Minuit manque de direction.

«Tu es bien d’autres choses, Minuit, tu deviendras plus brave un jour. Au pire, je serai brave pour deux.»

Brave, certainement. Capable dans l’adversité de trancher à propos de ma propre destinée malgré les réticences, malgré l’opinion de ma propre famille. Maîtresse de mes décisions, forte malgré le mépris témoigné par mes semblables lors de mon retour. Je me souviens encore, avec un frisson de malaise, de l’accueil imperturbable de Cicatrice du Tigre alors qu’épuisée je trouvais refuge auprès du ruisseau. Des lunes, me semble-t-il, depuis. Voilà enfin un premier pas vers l’avenir que je m’imaginais et que j’ai choisi pour moi-même. Et malgré le sourire assuré que j’offre à mon cadet, une part de moi s’effrite, déçue et coupable. Car les décisions, cette expérience m’a-t-elle appris, ne viennent pas sans conséquences. Je dois en payer le prix, aussi courageuse je sois devant l’adversité. Il réalise à peine qu’il est source de lumière pour moi en cet instant, de chaleur et de réconfort. Que malgré ses dires et les miens, il est réellement la source de courage entre nous deux en cet instant. Il ose me demander comment je vais et je force un nouveau sourire.

«Tu veux rire? J’attendais ce moment depuis tellement longtemps! Tu sais, je n’ai jamais voulu partir, c’est mon père qui a pris la décision, cette cervelle de souris. Eh bien, moi, je sais décider. Et ma place, elle est ici. P-pourquoi je… suis revenue?»

Pendant un instant, ma voix se voile de tristesse, malgré ses efforts pour écarter la pensée automatique et douloureuse, qu’il s’agit là d’un incitatif à repartir par le long chemin m’ayant mené ici. À moitié rassurée, je cherche les mots qui me sont venus si facilement ce soir-là auprès d’une vieille Rôdeuse du Clan.

«Je n’étais pas heureuse. C’est tout. L’Astre c’est bien… mais ce n’était pas pour moi. Pour ce qui est de mes frères, ils n’auraient pas compris. Ils avaient trouvé chez l’Astre une maison. J’ai essayé de faire comme eux et de me convaincre que cette vie me correspondait, mais ma vie ici me manquait plus que tout au monde.»

Ma liberté aussi, arrachée par mon père et sa décision hâtive. Ce mouvement de retour vers mon Clan natal représente aussi une résistance envers la sinistre dictature qu’il tente de m’imposer sous le couvert de l’amour. Il est égoïste.

«Donc, oui. Je suis seule.»

Je baisse les yeux vers mon repas, soudainement sans appétit.
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MessageSujet: Re: Codages   Mer 19 Avr - 10:14

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Everything's going to be fine
Parfois lui vient l’étincelle de la jeunesse et du plaisir. Après sa visite aux Quatre Chênes, il se sent revivre, en communion avec une part de lui-même ancienne et dissimulée à qui ne sait pas l’observer. Sous le flot de ses importants soucis et responsabilités, il en oublie parfois ce comédien léger qui faisait autrefois sa réputation. Ici, sa comédie semble davantage gêner ses camarades qu’autre chose. En vieillissant, son humour s’est teinté d’un peu d’insolence qui ne se veut pas bien méchante. Au contraire, il tente maladroitement d’ouvrir les horizons des deux mâles réservés et inconscients d’une vie de chaleur qui les attend. Étoile Sombre cherche peut-être à combler leurs vies amoureuses là où la sienne s’avère aussi ardue et semée d’embûches. L’un comme l’autre pourraient vivre de merveilles histoires auprès de leur dulcinée, avec la chance incommensurable de la proximité. Lui doit se condamner des interdits. Il a bien vu, dans le regard envoûtant de la froide Songe de Brume, l’étincelle d’une affection encore à ses prémisses, mais bien réelle. Il voudrait voir Masque Illusoire lui rendre la pareille car il est évident qu’il est tout aussi amoureux qu’elle. La timidité devenue un obstacle à leur relation plonge le meneur dans le désarroi. Ce couple vivant de la facilité doivent-ils semer leur propre chemin d’embûches? Les sous-entendus malicieux du matou au pelage de nuit se mutent en déception. Il ne s’amuse même plus de la gêne de son interlocuteur, répondant à son lieutenant qui semble un peu surpris de la tournure de cette conversation.

«Je connais tous les félins de cette forêt, Ouragan Astral, ne le sais-tu pas déjà? Reviens me chercher si le Clan me réclame, je ne serai pas très long je crois.»

Étoile Sombre offre un dernier regard à son cousin qui s’éloigne. Ses prunelles brillent de reconnaissance. Il peine à réaliser, avec cette interruption inattendue, qu’il a osé avouer son secret. Partagé désormais entre la peur de voir celui-ci divulgué et le soulagement que cet exercice lui a apporté, il reporte son attention sur le guerrier de la Rivière. Ce dernier lui a rapporté des progrès et le meneur du Tonnerre s’en satisfait. Néanmoins il reste bien du chemin à faire entre Masque Illusoire et l’élue de son cœur il lui semble avant de se concrétiser.

«Je ne veux pas te gêner, tu sais, Masque Illusoire. Je me ravis toujours de voir de nouveaux couples se former, ennemis ou non. J’ai bien vu qu’il existait une rare complicité entre toi et Songe de Brume… Je me demande comment tu fais d’ailleurs. Je ne l’ai connu que tel un cube de glace distant et hautain. Mais avec elle semble… Eh bien chaleureuse et heureuse.»

Étoile Sombre sourit sincèrement, adoptant une position d’écoute en se délestant progressivement de ses démons. Ils reviendront le hanter, assurément, à ses heures solitaires. À présent il possède un objectif, celui de conseiller le guerrier de la Rivière. Malgré sa timidité, son aîné sent bien qu’il possède un certain besoin de se confier, comme il l’a fait, à moitié.

«Et tu ne me dois rien, absolument rien. Par contre, si tu as besoin de conseils, je peux le faire. J’ai été un bourreau des cœurs à une époque.»

Un sourire de malice se juche à nouveau contre ses lèvres, rapidement réfréné par la douleur. Encore une fois, il ne pense qu’à elle, plus à toutes les autres ayant partagé son intimité au fil des lunes.

«J’en ai un à t’offrir tout de même. Ne doute pas de toi. Sois honnête avec elle, même si tu crains de briser votre amitié. Elle tient réellement à toi, c’est évident. Si elle ne partage pas tes sentiments (ce dont je doute fortement), elle ne laissera pas votre amitié s’éteindre.»
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MessageSujet: Re: Codages   Mer 19 Avr - 11:05

Duel au sommet
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I  R  I  S & G   A   I   L
Il me vient souvent à l’esprit que Gail Mackenzie possède un don. Probablement issu dès la naissance, j’en constate la présence plus souvent qu’autrement. Je le décrirais comme une suite de caractéristiques utiles dans le seul objectif de froisser les autres. Plus simplement : la Gryffondor a le don de m’énerver. Sa jalousie me paraît bien vaine en cette instant, tout comme son attitude digne d’une gamine de cinq ou six années. Je me demande bien quelle utilité peut bien servir ce fameux donc. Dans tous les cas elle n’hésite pas à l’utiliser et avec brio une fois de plus car je sens la colère gronder au creux de mon estomac, une sensation désagréable que tâche d’écarter. Plus que tout au monde, mon impassibilité a le don de faire sortir de ses gonds ma rivale. Je ne peux pas céder à l’envie de froncer les sourcils, malgré sa réplique mesquine qui visait évidemment à me frustrer. Eh bien, c’est réussi. Je tâche de conserver mon calme. Mes traits affichent encore aussi peu d’émotions mais ma respiration accélérée me trahit quelque peu. De toute façon, Gail est trop sotte pour remarquer ce genre de détail. Je me demande à quoi rime notre affrontement, ici, dans les couloirs de l’école. Il n’y a qu’en classe que notre compétition m’excite, où j’ai le sentiment d’atteindre mon plein potentiel. Ici je me sens simplement blasée par son attitude.

«Tu peux continuer à tâcher de t’en convaincre. Les résultats prouvent le contraire. Et à l’inverse de toi, je ne me concentre justement que sur les résultats.»

Contrairement à elle, je n’ai pas besoin de sourire pour me montrer insolente. Je me contente de la scruter avec un calme imperturbable, même si l’envie de lui sortir ma baguette sous le nez est forte.

«Je n’aurais pas à jouer les miss je sais tout comme tu le dis si tu agissais autrement. Dans ce monde, il existe des leaders et des chaotiques. Devine à quelle catégorie tu appartiens?»

À l’instar de plusieurs de ses camarades de maison d’ailleurs. Je reconnais chez les Gryffondor des qualités que je ne posséderai jamais, néanmoins j’ai du mal à comprendre cette compétition constante, ce dédain même, entre nos deux maisons. Ici, il ne s’agit pas d’un règlement de comptes entre clans, mais bien l’histoire de deux individus tâchant d’assouvir sa dominance sur l’autre. Peu pour elle, je ne compte pas flancher.
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MessageSujet: Re: Codages   Jeu 20 Avr - 13:18

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Journey to Nowhere
Il est des détours inattendus dans une vie. Nœuds inexplicables, soudains, dans une route autrefois tranquille et longiligne. Parfois le chemin cesse abruptement, amas de roches et de poussière, forçant les voyageurs à emprunter des routes secondaires, parfois impraticables, solitaires et sinistres. Parfois, l’éboulement est tel qu’il entraîne des pertes. Des ressources, des alliés. Aujourd’hui Nuage d’Oiseaux a trop perdu pour poursuivre sur ce sentier qu’il suivait dès ses premiers instants de vie, au moment où sa destinée l’a désigné au Clan de l’Ombre avec le reste d’une portée qui n’aurait dû être séparée. Il constate, penaud, instable, immobile, la faille béante qui se trouve désormais sur son chemin. Cette crevasse profonde et infranchissable dont la gueule noire lui lance un appel désespéré. S’il suit son mentor et frère à l’écart du Clan, le jeune apprenti au pelage immaculé n’espère plus rien de cette rencontre. Son jeune cœur se serre, conscient et résigné dans l’attente de ses paroles qui viendront nécessairement le blesser. Le petit n’a pas l’omniscience de prétendre savoir ce qui l’attend mais pourtant un mauvais pressentiment l’habite. Dans les prunelles de son désormais seul frère aîné, il discerne à la fois une fatigue infinie et lisse, mais aussi la honte de ceux qui amorcent un départ. Inconsciemment, le jeune chat s’en doute. Se poste à quelques pas du chat roux, patient mais désordonné, déjà inaccessible à la demande d’Éclair Ambré d’être fort. Ne sait-il pas qu’il s’épuise lui aussi? Qu’il a trop vu, qu’il est heurté?

Les mots de son frère lui paraissent si lointaines, si fausses. Tel un discours trop longtemps répété, de mots qui n’en font plus même de sens. Mais ces mots, même dépourvus du moindre sens, font déjà mal. Nuage d’Oiseaux a envie de répliquer qu’il est trop tard pour lui, que l’hésitation, l’indécision, s’est déjà installée, et que maintenant plus que jamais il aura besoin de son expérience, son affection et son soutien pour lui permettre de contourner le gouffre qui s’étend désormais à ses pieds là où il croyait reconnaître son avenir. Néanmoins l’aîné n’en fait rien. Lui avoue avec un peu trop de détermination peut-être son plan. Le petit ferme les yeux. La douleur éclate en lui, véritable couteau qui cause de presque imperceptibles tremblements dans tout son corps. Et là où la blessure s’écoule, une sensation nouvelle apparaît, un blocage qui entrouvre les paupières du cadet, confus. Là où il croyait retrouver le sentiment de perte et de tristesse, naît les premières prémisses de sa colère. Nuage d’Oiseaux ne croyait jamais avoir aussi mal. Les pensées affluent sous son crâne, tant de mots qui se gravent dans l’émeraude de ses prunelles dévastées, celles-là même qu’il jette dans celles de son frère. Et un mot par-dessus tous, celui dont on l’affuble lui-même depuis sa naissance compte tenu de sa personnalité trouillarde et hésitante.
Lâche.

Le mot claque dans le silence. Nuage d’Oiseaux ne répond pas lorsque son frère l’interroge. Qu’en aurait-il à comprendre qu’un abandon? Rejeté à ses instants les plus sombres, le petit se défait de son aîné d’un pas. Une coupure. Une blessure. Il veut qu’il sache. Mais la colère lui cloue la gorge, accélère la respiration, ses griffes labourent piteusement la terre humide. Aucune de ses justifications ne saurait apaiser l’adolescent en peine qui lui fait face, celui qui se sent trahi, à bout de forces. Son héros, son guide, le voilà qui s’écroule à ses pieds, qui obéit à ses peurs, qui… le délaisse. Tout en Nuage d’Oiseau hurle, son chemin s’effrite de nouveau à ses pieds, le forçant de reculer à nouveau. Éclair Ambré lui a dit de ne pas avoir peur, de ne jamais avoir peur, et de faire confiance. Pourtant lui-même n’a pas le courage de faire de véritables adieux leur famille. Pourquoi doit-il lui confier cette tâche? Pourquoi doit-il en faire le complice de cette escapade? Pourquoi doit-il lui mentir?

«C’est donc ce que tu fais de ma confiance, Éclair Ambré? S’il te plaît, cesses de mentir. Ceux qui partent ne reviennent jamais.»

De ces mots, Nuage d’Oiseaux en est convaincu. Si son frère quitte maintenant, il ne le reverra plus.
N’a-t-il pas assez dit adieu?
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MessageSujet: Re: Codages   Jeu 20 Avr - 14:39

Le club des non-doués recrute
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I  R  I  S & B  E  N
Sa question n’aurait probablement pas dû me gêner autant. Une personne normale n’aurait jamais réagi ainsi. Une personne normale n’aurait jamais eu à la recevoir. Je m’interroge parfois au sujet de mes propres motivations, pas seulement celles qui habitent les autres. À force de le faire au sujet des opposés, soit mon obsession de la solitude et la tendance naturelle du reste des humains au regroupement, je finis par me confondre moi-même et à m’enfoncer dans la confusion. Penaude, je laisse mes réserves habituelles tomber, mon visage reprenant lentement ses droits pour exprimer mon hésitation. C’est profondément perdue que je l’observe en réalisant une émotion présente depuis le début malgré les autres que j’ai su identifier et qui viennent la contredire. De la reconnaissance. Je suis reconnaissante envers Benjamin Johnson de m’avoir défendue contre les autres élèves tout à l’heure et aussi d’avoir eu cette conversation avec moi. Bien que profondément en déséquilibre et encore un peu effrayée de la violence dont il a fait preuve tout à l’heure, je commence à croire en son hypothèse. Peut-être que l’amitié se vit lorsqu’on trouve les bonnes personnes. Néanmoins cette idée me semble encore trop incongrue, bien que tentante malgré moi. J’ai toujours cherché à savoir ce qu’il en faisait de tolérer un autre être humain et seuls quelques élus peuvent se vanter de faire partie de cette catégorie : mes parents et Owen.

«Je crois qu’il existe une possibilité que aies raison.»

Je m’enfonce dans mes réflexions en emboîtant le pas à mon aîné. J’ai déjà l’intention de suivre l’élève de Serdaigle dans ses activités quotidiennes afin de profiter de l’aura de pouvoir qu’il dégage et de la crainte qu’il inspire aux autres élèves. Aussi bien, dans ce cas, tenter l’expérimentation? Hésitante, timide, je m’adresse de nouveau à lui, le regard rivé sur le sol. Je ne suis pas convaincue par l’entreprise, mais je dis quand même :

«J’imagine que nous pourrions essayer. Tu as l’air… tolérable.»

Je n’allais pas dire «sympathique» tout de même. Je n’en sais rien encore. Cependant je crois qu’il pourrait être en mesure de comprendre… de comprendre quoi au juste? Je l’ignore. Ce solitaire maladroit socialement serait un bon partenaire pour entreprendre une amitié. Si le mot «tolérable» en soi est totalement dépourvu d’affection, il me gêne. Je crois en avoir eu assez pour aujourd’hui. Nous pénétrons enfin dans le château et je m’arrête quelques instants pour le saluer. Je n’ai qu’une seule envie : rentrer à mon dortoir et étudier en compagnie d’Amira, mon chat.

«Salutations, Ben Johnson. Je te reverrai donc euh… plus tard.»

Les joues empourprées, je m’empresse de disparaître dans les profondeurs de Poudlard.
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MessageSujet: Re: Codages   Jeu 20 Avr - 22:05

There and back again

feat. Faust Donovan

Je n’aurais pas utilisé le terme d’«ingrate» pour qualifier ma sœur. Il me semblait davantage qu’elle poursuivait sa propre voie. Qu’à mes heures, je devais lui rappeler la lourde réalité de notre enfance. Au-delà même, nous possédions tous deux des personnalités opposées. Là où je témoignais plutôt d’un caractère inhibé, renfermé et posé, elle représentait plutôt la flamme de la jeunesse par son dynamisme, son énergie et son amabilité. Non pas que je fus bien vieux, au contraire. Mais bien des obstacles dans ma vie me le faisait ressentir, et parfois, comme je venais de le nommer à mon compatriote Élite, je me sentais fatigué. La maladie, puis cette rupture, en plus des tourments incessants apportés par le Régime et leurs nébuleux schémas… Il me tardait de retrouver la paix, si peu celle-ci soit possible. Auprès de ma sœur, je retrouvais une certaine assurance. Ou du moins une sensation de familiarité. Elle me poussait à contrer mes réflexes, à m’ouvrir au monde pour peu qu’elle y parvienne. Je reconnaissais quelques-unes de ses qualités chez mon interlocuteur quoi qu’il fût plus âgé. Je me trouvais bête à présent de ne pas l’avoir remarqué plus tôt, et surtout d’avoir cherché, parfois, à éviter sa présence. La vérité était que malgré mon léger malaise à me trouver auprès d’une personnalité aussi différente de la mienne, j’appréciais réellement les efforts qu’il mettait pour à la fois me mettre à l’aise et pour prendre contact avec moi.

Je sentais sans l’ombre d’un doute qu’une vie solitaire telle que la mienne le mettait en état de déséquilibre. J’avais compris que plusieurs personnes habitaient sous son toit, dont le nouveau Maître d’Enola, de sa fille et de quelques autres. Il était vrai que cette idée me séduisait, surtout maintenant. Avoir un enfant à moi, une famille. La chose me paraissait profondément inaccessible, et son commentaire me plongea dans une perplexité quelque peu lourde. Effectivement, si la présence de mes Pokémon m’apportait mon lot d’affection et de soutien, il me tardait de fonder une famille, si seulement la chose m’était accessible. Il m’arrivait, à mes heures, de réaliser à quel point je m’ancrais dans mes habitudes, au détriment de l’exploration que j’avais prôné lors de mon départ d’Amanil, plus de quinze ans auparavant. Depuis, j’avais changé. Et cette idée m’attristait. Le temps filait si rapidement… Faust le nommait à l’instant. Entre les entraînements, la vie de façon générale, on se retrouvait aisément embarqué dans un engrenage qui nous précipitait quelque peu. Je me demandais bien où étaient passées les dernières années. Pourtant, maintenant que j’avais enfin la chance de m’arrêter pour contempler l’avenir, je me trouvais quelque peu dépourvu face au temps qui…

«Strat Ficher?»

Effectivement, je n’en connaissais rien, ce qui se trahit alors à la fois par ma prononciation terrible de ce titre anglais, mais aussi par l’ahurissement total de mes prunelles. Alors qu’il me demandait si je n’avais jamais joué, je ne pus que confirmer ses doutes. Dans les bidonvilles, les jeux vidéos représentaient un luxe si lointain que je ne l’avais jamais envisagé. Oh, je devais bien avoir joué une fois ou deux en compagnie de mon meilleur ami, mais je n’en conservais guère de souvenirs. Cette époque me paraissait si lointaine… À présent, je ne trouvais pas beaucoup d’intérêt à me prêter au jeu ou à regarder un film. Je préférais largement la musique et la lecture. Je relevai la tête, perdu dans mes pensées, juste à temps pour observer le Conseiller disparaître dans un claquement familier.

«M-mais attendez! C’est quoi Strite Fegère?»

Sans réponse, je me rassis, un peu surpris de voir que le Conseiller avait laissé ses Pokémon dans ma cour… Peut-être avais-je loupé un mot ou deux en me plongeant parmi mes souvenirs. Il devait avoir dit quelque chose avant de partir. Je décidai de l’attendre donc, en buvant un verre de limonade fraîche apportée par un employé de la maison. Le liquide froid me rafraîchit. Il me faisait bon de retrouver mon balcon et mes jardins. Mes Pokémon m’avaient manqué aussi. Certains me saluaient avant d’entraîner les alliés de mon collègue dans de trépidantes aventures. Et parlant de trépidantes aventures, voilà que Faust revenait, un sac à la main.

«Vous… avez amené votre… comment on appelle ça? Bidule? Appareil…? Pour jouer?»

Je l’observais, surpris, mon mouvement pour boire ma limonade stoppé net. Je dus boire une nouvelle gorgée avant de poursuivre nerveusement :

«Je… c’est que je n’ai jamais vraiment… Je ne serai pas vraiment doué vous savez, et je ne dis pas ceci par fausse modestie. J’ai du mal même à prononcer le nom de vos jeux. M-mais je veux bien essayer, pourquoi pas après tout.»

Je sentis l’approche d’un de mes alliés. Turbo, mon Mustéflott, s’approchait, intéressé. Nos rapports avaient été quelque peu difficiles pendant mes mois passés loin de la maison et je sentais qu’il s’était senti abandonné. Je n’avais pas l’intention de laisser filer cette occasion de me racheter.

«Il y a une salle possédant un cinéma maison dans le manoir, c’est un des endroits préférés de Turbo. Nous ouvrirais-tu la marche, Turbo?»

La loutre hocha la tête avant de s’engouffrer dans la demeure. J’attrapai mon verre et le suivis, tout en invitant le châtain à en faire de même d’un geste de la main. La salle en question se trouvait à l’arrière du manoir, dans une pièce sans fenêtre, propice à la diffusion de films. Je n’y mettais presque jamais les pieds. On y retrouvait deux séries de sofas confortables et dans un coin, une machine à popcorn que je n’avais même pas le souvenir de posséder.

«Je vous laisse installer votre… truc… et je prépare un peu de popcorn?»

(c)Golden

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MessageSujet: Re: Codages   Sam 8 Juil - 20:04

La nuit, Amanil est grise. Ses lumières propagent des ombres parmi boulevards et ruelles. Moi, je me terre parmi l’anonymat. À l’abri, témoin silencieux de ses actions illicites, et sous les réverbères paresseux de la nuit, du passage autoritaire des soldats inconscients. Amanil m’appelle, toute une cité qui s’essouffle et parmi elle tant de secrets. Une ville de souvenirs, la cité révolue. Abandonnée, capitulée, dépourvue désormais de ce qui l’animait autrefois, elle repose auprès de la mer, grise. Je l’ai connue plus sombre encore, je l’ai connue tachetée de rouge aussi. Désormais elle paraît tendue, ses gratte-ciels éteints dominant la ville de leurs yeux immobiles et ses rues vidées. L’attente, ici, se fait plus grande encore. Chaque nuit, je m’aventure ici. Ce vieux hangar m’accueille, la poussière et les poutres suspendues contre un toit à moitié affaissé. Il se fait complice de mes errances, de ma surveillance impatiente de la capitale. Aujourd’hui, j’ai préféré rester seul avec lui, à l’exception d’Opalyn, ce petit Couaneton éclot quelques heures plus tôt. L’oiseau repose contre mes genoux, assoupie et indifférente à ce qui, en bas, se prépare. La fin. Elle signifie autre chose. La vie, mais surtout un nouveau départ. Toute fin engendre nécessairement nouveauté et ce qui nous attend m’effraie. J’ignore où va le monde, l’issue de ce combat qui fait rage. Je me rattache encore à cette vision d’une Amanil non plus grise mais blanche. Sous la pluie, libérée, la population qui triomphe sur trop de crimes. Je frissonne tandis que ma paume glisse d’elle-même jusqu’à mon abdomen.

Je peux sentir la bosse, qui bien que subtile, ne fait plus aucun doute à mes yeux. Si j’ai tenté pendant un certain moment de nier la nouvelle, les résultats des tests effectués par Melinda, mon médecin, m’ont confirmé hors de tout doute cette nouvelle. Encore maintenant, juchée auprès d’une fenêtre brisée offrant cette même vision de la capitale grise, je tâche d’encaisser le choc qui menace de me submerger à tout instant. Sauf que plutôt que de ressentir la pointe venimeuse de mes démons passés à laquelle je devais m’attendre, je suis habitée d’une émotion bien plus mitigée. Douce que la perspective de cette deuxième chance, celle que j’attendais sans même le réaliser. J’ai cherché à éviter la question, chaque élément me ramenant vers les événements douloureux de mon passé, de cette vie que j’ai dû laisser derrière moi à une époque où je n’étais moi-même qu’une enfant. Je craignais, je crains encore… la souffrance ressentie alors, ce déchirement que rien au monde ne saurait réparer. La peur a mené mes actions si longtemps. Encore aujourd’hui, je me terre parmi les ombres, terrorisée par l’avenir, mais surtout celui-ci. Mes doigts caressent la bosse, anxieux de ressentir les indices indiscutables de sa présence. Celle de mon enfant.

J’éclate en sanglots, comme à chaque moment aujourd’hui où j’ai formulé cette pensée. La fatigue m’étreint et je tâche de conserver mon calme, mais les émotions m’envahissent et refoulent constamment, vifs et pressants. Au-delà de la peur me parvient un nouveau cocon de sensibilité, de la joie. Un sourire frémit contre mes lèvres. J’ai prouvé, je l’ai fait, même s’il ne m’a pas cru… Que je pouvais l’être, que pouvais être mère. Weston a pensé que je les ai abandonnés, que j’ai failli à mes promesses, mais je sais que l’avenir qui se dessine pour cet enfant se fera sans le joug du Régime. Je n’ai plus que cinq mois. Une poignée de semaines pour changer le monde, une fois pour toutes. L’attente, ce soir, se fait encore plus interminable. Weston… le père, évidemment. Ma main vient serrer la crevette qui m’habite. Ou est-ce une pêche? Je ne sais plus. La décision prise, désormais, je n’aurai plus à le consulter. Ni même à le prévenir. À quoi bon? Il saura, éventuellement, ce qu’il a laissé derrière. Weston aura fermé cette porte et avec lui tout un avenir. Il a renoncé à la famille que nous formions, et à moi. Mon regard s’égare parmi les ténèbres des ruelles tandis que la colère me consume à nouveau et que mes pleurs s’apaisent, amers. J’ai mal encore, bien sûr.

«Amanil ne t’apaisera pas, Azmitia.»

Je sursaute à la voix qui jaillit derrière moi. D’un mouvement involontaire, je me redresse, manquant de peu de renverser la Couaneton qui se reposait contre mes genoux. Je la rattrape à temps, causant tout de même chez elle bien de l’émoi et de la colère. En faisant volte-face, le cœur battant à m’en briser la cage thoracique, je perçois une silhouette drapée parmi les ombres. Je me recule en laissant m’échapper un cri, revivant les instants désagréables du mois de janvier, ce moment où on a braqué une arme contre moi et… La silhouette se déplace jusqu’à moi tandis que l’air se vide de mes poumons et que je m’écroule à moitié dans ses bras. Je cherche désespérément mon air mais l’anxiété l’entrave et la rejette. J’entends faiblement la voix tandis que des points blancs dansent devant mes yeux. Mes oreilles bourdonnent, annonçant l’évanouissement proche. Je me sens posée contre le sol. La pièce cesse de tanguer mais le malaise persiste. Une main cueille la mienne et je m’y rattache. Cette souffrance, je dois désormais la vivre au quotidien. Depuis l’attaque de ma demeure, les attaques de panique me saisissent souvent, particulièrement lorsqu’on me surprend. Nerveuse, je sursaute au moindre bruit désormais. Néanmoins cette silhouette me rappelle un peu trop cette fameuse nuit-là où j’ai tout perdu. Le visage trempé de sueur, je tourne faiblement la tête pour voir qui me retient. Je reconnais la femme m’ayant sauvé justement à ce moment-là, ma collègue Résistante Cape Grise. Comme à cet instant, elle a retiré le masque qui déforme habituellement sa voix et qui dissimule son visage.

Ses mots me parviennent finalement et je lève une main pour la dissuader d’excuses. Le silence qui s’en suit m’apaise, tout comme Opalyn qui revient vers moi après être tombée lors de mon malaise. La petite se hisse à nouveau contre mes genoux, levant vers moi un regard paisible et brutalement intelligent. Je caresse son plumage, les doigts encore tremblants.

«Ça va… que veux-tu?»

Je m’interroge toujours sur les raisons de sa présence, le soir de l’attaque. Sur ses motivations à m’aider, encore aujourd’hui. Je caresse mon ventre, soucieuse de l’effet que pourrait avoir tout ce stress sur la santé de ce bébé. La peur, encore une fois, me retient et me nuit. Celle-ci prend tant d’ampleur que je ne parviens plus à la contrôler. Depuis l’attaque, je revis inlassablement ce moment, la bataille, l’état de mes Pokémon, le sang, la maison brisée et le bang… toujours le bang… Parmi mes heures éveillées et mes cauchemars, toujours ce moment et la peur constante. Dans les prunelles sombres de mon interlocutrice, je devine l’inquiétude. Je ne la comprends pas. Je ne l’accepte pas. Je la repousse, mal à l’aise de cette proximité, mais surtout agacée de voir ce moment de solitude et de réflexion interrompu de sa présence. Encore tremblante, je me redresse en prenant appui sur une vieille colonne décorée de graffitis et m’éloigne de quelques pas.

«Je t’ai posé une question.»

Ma voix sèche et pressante l’interpelle, la choque quelque peu pendant quelques instants. Son visage se mute rapidement en un sourire presque amusé qui ne fait qu’attiser mon irritation. Elle s’assoit sur ce pilier affaissé où je me reposais tout à l’heure, me scrutant avec une certaine réserve.

«Je me pose constamment cette question, tu sais, Mercedes. J’imagine que je joue à l’imbécile, que j’espère que tu comprendras tôt ou tard pour éviter d’avoir à passer aux aveux. Je doute même que ce soit nécessaire ou utile de le faire. Mais tu ne prendras pas vraiment «je ne sais pas» comme réponse. Je te demande donc : tiens-tu vraiment à savoir?»

«…Quoi?»

Mon étonnement semble l’amuser. Moi, je me retrouve sans mots vis-à-vis ce discours inattendu. Je me rétracte quelque peu derrière ma colonne, incertaine de ses intentions, ici maintenant plus que jamais. Pendant quelques vertigineuses secondes, les scénarios affluent et s’entrechoquent sous mon crâne imaginatif. Puis ils s’amenuisent, se fanent tandis que je repousse la peur qui m’envahit, remplacés par une colère agacée, un frisson glacé qui me parcoure.

«Non. Je me fiche de ce que tu as à dire. Laisse-moi tranquille.»

Je lui pointe l’allée noire d’où je suis venue, un escalier sombre zigzaguant vers le sol. La Résistante suite mon regard avec un soupir avant de me regarder à nouveau.

«Quelque chose te tracasse aujourd’hui particulièrement. Tu viens toujours ici, toutes les nuits, mais jamais je ne t’ai vu aussi mal.»

Je me recule à nouveau, furieuse par ses paroles. Si elle connaît mes allées et venues, c’est qu’elle a dû les observer elle-même, probablement en me suivant toutes les nuits. La question me brûle la langue, à savoir pourquoi.

«Arrête de me suivre! T’as rien de mieux à faire? Dégage de mon immeuble!»

«Je… La dernière fois que je ne t’ai pas suivi, tu as failli y passer. Alors je jette un œil. De toute façon je n’ai pas à te consulter.»

«Pourquoi me suis-tu?»

«Je t’ai dit que tu ne voudrais pas le savoir.»

«Alors arrête!»

«Non. Ça c’est hors de question.»

«Qui es-tu alors? Tu sembles tout connaître de moi, tu me mets en danger en sachant tout ça. Azmitia, ma véritable identité… Œil pour œil. Tu me dois la tienne aussi, Cape Grise.»

Elle sourit, un sourire narquois qui oscille entre le défi et l’adversité. La dame tente de résister à mes interrogations mais surtout à écarter le véritable problème. Pour une raison qui m’échappe, ses actions la portent à me protéger.

«Martha Eleanor Kendoc-Jenkins.»

«Et qui es-tu, Martha? Qu’est-ce que tu…»

Je m’arrête.

«Martha.»

Elle regarde ailleurs.

«Voilà, tu viens de comprendre.»

Oui. J’ai compris.

«Carter il… il a dit que tu étais morte. Que le Régime t’avait fait exécuter pour tes articles dénonçant leurs actions, en 2008. J’imagine que tu as laissé courir la rumeur et que tu as disparu dans la brume. Ça explique beaucoup de choses. À commencer par la cape et le masque, la vieille maison hantée.»

«Effectivement.»

«Du coup… depuis combien de temps tu me surveilles?»

«Depuis peu de temps après ton arrivée. Ça n’a pas été difficile de te reconnaître sincèrement. Tu es le portrait craché de ton père. Néanmoins tes choix… Ressemblent brutalement aux miens.»

Elle semble déchirée entre la fierté et l’inquiétude. Tout comme elle, j’aurai choisi la voie du journalisme pour m’exprimer. Tout comme elle je me serai dédiée corps et âme pour ma cause.

«Quand je t’ai vu à la télévision j’ai… j’étais curieuse. Je voulais savoir qui tu étais. Puis j’ai aidé certaines de tes opérations dans la Résistance car tu possèdes tout le talent que j’avais à l’époque et plus encore. Tu as largement servi notre cause même si aujourd’hui tu en paies les conséquences.»

Opalyn se tient silencieuse entre mes bras, considère silencieusement l’inconnue que j’ai découvert être ma mère. Je viens m’asseoir à ses côtés contre le pilier affaissé, bien plus sereine que lors de la rencontre de mon père biologique.

«Je n’ai jamais aspiré à plus. Ce choix que j’ai fait il y a plus de vingt-cinq ans, je l’assume encore. Ceci dit, ce n’est pas une raison pour ne pas te faciliter la vie. J’imagine que, de loin, je me suis attachée. J’ai voulu que les choses se passent mieux pour toi. J’ai… Disons que ça a été difficile de te voir ainsi ces derniers mois.»

Je me tais.

«Je me suis sentie impuissante. Et un peu coupable de ne pas avoir été là cette journée-là. Enfin, ça, ça m’appartient. J’ai voulu venir te parler à nouveau, m’assurer que tu t’en sortais par la suite… je n’ai pas osé. Je sais que nous n’avons aucun lien ensemble et tu n’as pas à te confier à moi. Mais ce soir, je t’ai vu pleurer d’où je t’observais…»

Elle hausse les épaules.

«Je suis enceinte.»

Mes yeux s’embuent de nouveau tandis que je pose une main contre mon abdomen si légèrement distendu. Martha redresse aussitôt la tête, cherchant mon regard.

«Oh.»

Le silence se referme contre nous, brisé par les murmures de la cité.
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Kaylie Monroe
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MessageSujet: Re: Codages   Jeu 13 Juil - 20:20

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Quand le passé fait renaître la rancoeur
Il est des pulsions qui persistent. Émotions parasites, elles dominent les fonctions élémentaires, renversent la raison. J’ignore combien de temps encore, je me pose la question inlassablement. Combien de lunes doivent passer pour apaiser les animosités? À quel moment survit-on au rejet? J’ai attendu patiemment que vienne ma délivrance sans plus de succès. Toujours hantée par les souvenirs encore amers d’une amie perdue dans les flots de la rivière, de la marche brisée d’un Clan jusqu’à un éden promis puis retiré, mais surtout les promesses non tenues par toute une tribu s’étant présenté tel un allié. Peut-être que j’ai mélangé les choses, peut-être même que toute cette douleur et cette rancœur ne se trouvent pas réellement tournés vers Brise Silencieuse ayant autrefois fait partie de mon quotidien et de mes projets. Néanmoins sa participation aux débats et le résultat final n’en demeurent pas moins éloquents. Je me pose encore la question à savoir si son amitié était réelle, ou si la guerrière du Vent s’est simplement laissée porter par les élans de la proximité et de la facilité. Lorsque la brise tourne aussi brusquement il ne subsiste plus que destruction et questions laissées en suspens, à bout de lèvres. Tant d’entre elles me parviennent à chaque regard porté vers elle cependant je m’obstine parmi mes silences, braquant en sa direction un regard prudent et distant, sans toutefois réel mépris. Je guette son approche, sa réponse, prête à la repousser qu’elle passe à l’offensive ou qu’au contraire elle tente de s’excuser.

Brise Silencieuse me renvoie ma propre image. Glaciale, prudente, immobile, comme calculant gestes et possibilités. J’appréhende la suite, ne trouvant guère à répondre devant sa sèche riposte. Pendant quelques instants tendus, je la mesure du regard, en saisissant bien malgré moi le trouble parmi ses prunelles. Je l’ai côtoyé assez pour deviner l’étendue d’une détresse qui me reste perplexe et hésitante. Je ne m’attendais pas à autant de désarroi chez elle et encore une fois, la vive impression d’un reflet de mes propres émotions me revient. À l’exception qu’elle semble affligée d’une autre émotion, la culpabilité. Et de la saisir au vol me satisfait tout autant que m’embrase de colère. Comme si elle reconnaissait enfin des torts dont je la condamnais déjà. La confirmation m’apaise en un sens, mais me trouble aussi. Peut-être espérais-je encore que Brise nous ait défendu lors du moment de prendre une décision. Néanmoins ses mots viennent confirmer d’autant plus ce que je soupçonnais et je regarde aussitôt ailleurs, piquée par le sentiment encore vif d’abandon.

«Alors tu as laissé tomber tout un Clan pour éviter la mauvaise opinion que quelques chats pouvaient avoir de toi? J’étais là pour toi, Brise Silencieuse, ou peut-être l’as-tu aussi oublié. J’ai été présente pour toi, même si tu étais renfermée et solitaire. Les membres de ton Clan n’en ont jamais fait autant pour toi, alors pourquoi l’as-tu fait, Brise?»

Brise Silencieuse, mon miroir. Deux personnalités si semblables, blessées par le passé et renfermées. Il ne fut pas si facile de s’apprivoiser, pourtant nous nous sommes trouvées dans ces temps troubles et adverses, nous avons développé ce lien qui aujourd’hui repose en cendres à nos pattes. Quelque part il me fait mal de nous savoir si semblables, mais encore plus de me dire que j’aurais probablement pris la même décision.

«… Pourquoi?»

J’insiste, mon regard rivé dans le sien, avide, presque cruelle. Je n’ai pas envie de l’épargner, mais j’ai surtout besoin de savoir pour rétablir peut-être un semblant de paix.
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